Vous n'avez pas attendu que Gilles soit parti pour rappeler ce qu'il avait fait de beau et de bon, et même célébrer par des initiatives concrètes des actions qu'il avait accomplies, dans l'ombre la plupart du temps, et ses implications bénévoles dans tant de domaines. Que ce soit dans sa famille, au milieu de ses amis, dans le monde sportif, avec ses équipes de hockey ou dans sa contribution au Mont Orignal, par la reconnaissance de son engagement dans la région de Bellechasse – je pense à madame Dominique Vien et à monsieur Blaney, à Claude Lachance, au maire Bonneau de St-Anselme et à bien d'autres – par les marques d'estime de ses employés et même la visite amicale d'anciens compétiteurs, tous, vous avez réjoui le coeur d'un homme, surpris de tant de reconnaissance. À ces gens qui ont défilé pour rejoindre Gilles dans la verrière de notre maison, parfois deux fois plutôt qu'une, vous n'avez pas attendu pour dire à Gilles votre amitié, lui apprendre combien il avait joué un rôle important à un moment ou un autre de votre vie. Savez-vous à quel point vous l'avez réconforté et consolé dans son état? Moi, je peux en témoigner pour avoir vu la joie rayonner dans son visage amaigri et son étonnement devant tant de témoignages touchants. Permettez-moi de vous en remercier aujourd'hui. Vous avez fait de Gilles, même au coeur de sa maladie, un homme qui s'est dit « privilégié ».
Cette expérience pourrait-elle nous servir d'inspiration, sinon d'exemple, pour l'avenir? Pourquoi attendre que l'être que nous connaissons et aimons ne soit plus là pour lui dire qu'on l'apprécie et qu'on reconnaît ses mérites? Vous, vous n'avez pas attendu. Si le temps a manqué à Gilles pour vous communiquer cette sage réflexion et vous remercier d'avoir ensoleillé les derniers mois de sa vie, je suis heureuse de me faire l'écho de ses paroles, à quoi il aimait ajouter: « Moi, je trouve que j'ai eu une très belle vie. »
Je me permets de terminer sur une autre note en vous livrant ce petit poème qu'Émélie, une jeune artiste de la région, m'a fait parvenir. Son auteur est autrichien, mais la traduction m'a touchée. Je la fais mienne pour toi, Gilles.
Pose sur la table les résédas parfumés,
Apporte ici les derniers asters rouges,
Et à nouveau parlons d'amour
Comme jadis en mai.
Donne-moi la main, que je la serre secrètement
Et si on le voit, cela m'est égal
Jette-moi seulement un de tes doux regards,
Comme jadis en mai.
Aujourd'hui, chaque tombe est fleurie et resplendit
Un jour par an les morts ont quartier libre,
Viens près de mon coeur, que je t'aie à nouveau
Comme jadis en mai.
Hermann von Gilm
