Vraisemblablement pas si on en croît les réactions des représentants des trois principales fédérations étudiantes à l’annonce du dépôt de cette loi spéciale. Ceux-ci se sont en effet tous dits outrés de ce coup de force du gouvernement Charest, qui ne fera, selon eux, que raffermir la détermination des étudiants de poursuivre leur combat contre la hausse des frais de scolarité, voire leur abolition pure et simple.
Que l’on soit d’accord ou non avec ces demandes des étudiants, elles n’en relèvent pas moins d’un état de fait existant dans d’autres pays occidentaux, dont la France, selon lequel tout un chacun a des chances égales de poursuivre des études universitaires, ce qui implique non pas seulement le gel des frais de scolarité, mais l’instauration de la gratuité, une proposition qui avait d’ailleurs été faite dans le rapport de la Commission Parent, dont les recommandations ont présidé à la création du ministère de l’Éducation au début des années ’60. L’instauration à moyen et long terme de la gratuité de l’éducation universitaire figurait d’ailleurs dans les recommandations de ladite commission.
L’instauration de la gratuité scolaire n’est donc pas si nouvelle, ni si farfelue que cela.
À l’inverse, le gouvernement libéral, que certains qualifient de gouvernement néo-libéral, propose plutôt une juste participation des étudiants dans le financement des universités, ce qui impliquerait à compter de septembre prochain une hausse de 325 $ par année des frais de scolarité, hausse qui avait été initialement proposée pour les cinq prochaines années.
La multiplication des manifestations d’opposition, à toute hausse des frais de scolarité, donnant parfois lieu à des actes de saccage et de vandalisme, a par la suite amené la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Mme Line Beauchamp, à proposer des assouplissements à la hausse des frais de scolarité en l’étalant sur sept ans plutôt que cinq, en bonifiant le programme des prêts et bourses et en instaurant un système de remboursement des prêts proportionnels aux revenus des emprunteurs.
C’était trop peu trop tard pour les militants des fédérations étudiantes dont le combat mené avec l’appui des centrales syndicales, notamment, s’assimile désormais à une lutte de classes à finir avec le gouvernement plutôt qu’à une simple lutte contre la hausse des frais de scolarité.
Comme dans ce contexte, il est peu probable que le mouvement étudiant s’essouffle, les confrontations entre les étudiants, la police de Montréal et la S.Q. se poursuivront à Montréal, Québec, Sherbrooke et possiblement ailleurs dans la province. Dans le meilleur des cas, les nombreux festivals, qui se succèdent tout au long de l’été dans ces villes, pourraient dans le meilleur des cas permettre de marquer une pause dans les manifestations mais rien n’est moins sûr, ce qui laisse présager de dépenses additionnelles de plusieurs centaines de milliers de dollars pour l’encadrement des manifestations violentes ou non qui s’organiseront forcément malgré l’adoption d’une loi spéciale, qui ne peut évidemment pas priver les étudiants québécois du droit démocratique fondamental de manifester.
Dans ce contexte, la tenue d’élections générales constitue la seule et unique voie de sortie de crise qui s’offre au Québec et à son gouvernement démocratiquement élu. Celui-ci devrait y recourir le plus rapidement possible plutôt que de laisser pourrir une situation explosive. Le gouvernement en résultant aurait alors toute la légitimité de consacrer l’augmentation des frais de scolarité ou d’instaurer la gratuité scolaire avec toute la réorganisation des universités et du système d’imposition que cela impliquerait nécessairement.
