Même si le préambule du projet de loi reconnaît d'emblée que le Québec est composé de territoires qui ont des défis et des potentiels propres, la plus grande difficulté dans cette démarche sera de faire comprendre au gouvernement que leurs instances et leurs populations sont les mieux placées pour évaluer les besoins et les solutions qui assureront leur vitalité et leur développement. Depuis des lustres, il semble y avoir une certaine résistance aux changements, non pas chez les élus, mais plutôt dans les hautes sphères de la fonction publique. Nombreux sont les commentaires que l’on reçoit sur le sujet qui font état de ce constat.
Rappelez-vous de cette sortie du maire de Saint-Charles, Martin Lapierre, qui critiquait sans gêne le cafouillage bureaucratique entourant sa demande d’approbation d’ajouter une centaine de terrains à son périmètre urbain. La problématique venait du fait que les démarches avec la Direction régionale du ministère de l’Environnement et la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) devant mener à cette approbation trainaient en longueur.
Le président de la Conférence régionale des élus de Chaudière-Appalaches, Maurice Sénécal, en a aussi fait état. Il souhaite lui aussi une décentralisation. Les ministères devront travailler pour les régions et non pas le contraire selon lui citant au passage qu’un changement de culture était nécessaire tant au niveau gouvernemental qu’au niveau local.
Ce n’est pas d’hier que les élus municipaux demandent des pouvoirs accrus aux différents gouvernements. Il semble toutefois que la proposition identifie clairement le besoin de diversification des sources de revenus des municipalités qui elles pourraient accroître leur autonomie financière, autonomie de plus en plus périlleuse puisque leurs responsabilités sont sans cesse en hausse et le financement plus ou moins au rendez-vous. De cette façon, les municipalités demeurent dépendantes du gouvernement et ne peuvent se faire trop insistantes de peur de froisser certains décideurs.
Cette arrivée potentielle de nouveaux pouvoirs pourrait elle aussi causer des irritants. À qui attribuer ces nouveaux pouvoirs??? Les municipalités, les MRC, les Conférences régionales des élus ou d’autres instances régionales??? Là aussi, le nombre élevé de paliers de toutes sortes pourrait causer certains tiraillements. Un exemple!! La Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) a récemment demandé la mise en place d'une Table métropolitaine Québec-CMQ. Celle-ci servirait de lieu de concertation et de coordination des actions provinciales et municipales en matière d'aménagement et de développement du territoire pour la grande région de Québec.
L’étalement urbain que connaissent Québec et Lévis, entre autres, légitimise une certaine concertation. Jusqu’où doit aller cette concertation régionale. Quoique les MRC limitrophes à la Ville de Lévis ne semblent plus faire partie des composantes du territoire qui feraient éventuellement partie de cette Table, des interventions de la CMQ ont déjà causé des irritants dans le passé et amèneront les élus de la Rive-Sud à surveiller de près ce qui s’y discute. Rappelons-nous de cette virulente sortie du maire de Saint-Anselme, Michel Bonneau lorsque la CUQ avait émis un avis défavorable à une demande de dézonage de la municipalité à la Commission de protection du territoire agricole.
Les consultations sur le sujet sont en cours jusqu’au 16 février. Cette nouvelle vision gouvernementale pourra-t-elle se traduire dans l'action, et faire en sorte que des ministères et des sociétés d'État qui agissent trop souvent en contradictions les uns avec les autres puissent enfin agir en complémentarité et que les municipalités obtiennent les pouvoirs et les outils dont ils ont besoin pour assurer leur développement?? L’intention semble là, mais dans les faits…..on verra

