Il est vrai que l’organisme ne fait que se plier à une disposition de la loi et ses observations peuvent, ou non, être prises en compte par la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). Celle-ci a à se prononcer sur le bien-fondé des démarches entreprises par les municipalités sur le plan agricole.
Cette autre incursion de la CUQ dans des dossiers bellechassois a naturellement fait réagir les maires des deux municipalités concernées soit Gilles Nadeau à Saint-Gervais et Claude Lachance à Saint-Nazaire. La situation n’est pas sans rappeler la réaction musclée du maire de Saint-Anselme, Michel Bonneau, qui avait soulevé une problématique semblable vis-à-vis un projet dans sa municipalité.
« En région, l'avenir dépend de la créativité dont feront preuve les municipalités pour agrandir leur périmètre urbain et attirer de jeunes familles, » plaidait Michel Bonneau en septembre dernier. Ce dernier disait alors travailler en parfait accord avec les normes de la CPTAQ, dont les objectifs sont de maximiser chaque nouvelle parcelle accordée. L’argumentation des élus de la région est uniforme à tous points de vue. Les termes: farfelu, ridicule, insensé et autres sont revenus à maintes reprises dans nos conversations avec eux.
Ce qui est frustrant pour les élus concernés, c’est que la CUQ se mêle de choses qui la concerne peu ou pas du tout, mais aussi sa façon de faire qui est plutôt douteuse et peu créative. Le maire Lachance a ceci comme argumentation. « Ça prouve leur méconnaissance de notre milieu et de ce que nous avons. À Saint-Nazaire, il ne se construit même pas une maison par année et là on veut nous interdire d’en construire une ou deux dans les 5 prochaines années, c’est complètement stupide. »
Il déplore également que la CUQ ne tienne pas en compte que, dans le périmètre urbain actuel, la morphologie du terrain n’est pas propice à la construction à certains endroits. « Des endroits font partie du périmètre, mais lorsque c’est dans une butte ou dans un précipice, c’est difficile de construire des résidences à ces endroits. » précise-t-il.
À Saint-Gervais, Gilles Nadeau illustre aussi la méconnaissance de la CUQ sur la réalité bellechassoise. « Ils émettent un avis défavorable. Ils prétendent que depuis 1991, la moyenne était de 7 nouvelles unités annuellement. En 2011, il y en a eu 26 nouvelles constructions d’unités d’habitation. Il va s’en bâtir sûrement autant en 2012. Selon le schéma d’aménagement, on aurait des terrains pour les 14 prochaines années selon eux. Ils prennent la moyenne des années 90’ où il n’y avait presque pas de construction. Je ne sais pas si c’est nouveau, mais nous on ne nous demande pas notre avis quand vient le temps de développer du côté de Québec, quand on a réaménagé le boulevard Robert Bourassa, on ne m’a pas demandé mon avis. On a le droit de vivre nous aussi. »
On peut distinguer plusieurs invraisemblances dans l’argumentaire du comité consultatif agricole de la CUQ. Si son habitude d’utiliser des statistiques d’évolution démographique du passé est malhabile, sa façon d’évaluer les perspectives futures démontre aussi peu de vision. Certains arguments utilisés dans la correspondance acheminée aux municipalités concernées font sourire. Celle qui suggère que la municipalité de Saint-Nazaire pourrait procéder à une révision du tracé de son périmètre urbain si celle-ci était accompagnée d’une réduction équivalente du périmètre urbain actuel est probablement la plus loufoque puisqu’elle illustre une méconnaissance des réalités rurales et des nouvelles façons de faire en matière de développement. Il faudrait aussi éventuellement connaitre la vision de la CUQ sur ce qu’est une gestion adéquate du développement. La réponse pourrait être drôle aussi.
Le sujet fera assurément l’objet de discussions, mais sûrement pas de débats lors de la prochaine séance du conseil des maires de la MRC de Bellechasse prévue ce mercredi. Les élus seront sûrement unanimes et dénonceront les incursions inutiles de la CUQ dans des dossiers qui ne la concerne pas. Le ministre Laurent Lessard,du MAMROT sera sûrement invité à réfléchir davantage
Une requête a déjà été transmise au ministre afin que soit retiré à la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) le droit de se prononcer sur le schéma d'aménagement de la MRC de Bellechasse. La correspondance signée par le ministre Lessard en octobre dernier démontrait toutefois qu’il n’avait rien compris. Une bonne occasion de le sensibiliser pourrait être lors de sa prochaine rencontre avec les préfets de Chaudière-Appalaches qui doit avoir lieu ces jours-ci. Certains lui rappelleront sûrement ce qu’est le rôle d’un élu municipal et les réalités avec lesquelles celui-ci doit composer. Peut-être qu’il ne l’a pas oublié, mais……

