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Indignation dans les scieries frontalières et beauceronnes

Nouveau tarif douanier


Publié le 27 avril 2017

Les scieries de Chaudière-Appalaches espèrent être exclues de cette nouvelle taxe de 20% lorsqu’elle sera confirmée en novembre 2017 par le département américain du Commerce.

©Photo TC Media – archives

BOIS. Nombre d’industriels du bois estiment que la nouvelle taxe de 20%, décrétée par l’administration Trump, est injuste pour les transformateurs qui ne s’approvisionnent pas sur les terres publiques

La logique derrière le nouveau tarif est de sanctionner l’industrie forestière canadienne qui bénéficierait d’avantages indus lorsqu’elle s’approvisionne, à prix réduit, sur les terres appartenant à l’État.
Du moins, c’est l’argument longtemps véhiculé par la coalition américaine pour l'importation équitable du bois d’œuvre. «Cette coalition a un lobbying extrêmement fort à Washington. Elle ne dicte pas les règles du jeu, mais c’est tout comme», répond Gilles Lemay, propriétaire de la scierie Alexandre Lemay et fils de Sainte-Marie.
«Malheureusement, malgré nos efforts au cours des deux dernières années, c’est la coalition d’industriels américains qu’ils ont écoutée», dit Jacques Bussière, vice-président finance au groupe Gesco-Star, propriétaire de la scierie Les Produits Forestiers D.G. de Sainte-Aurélie.

Approvisionnement

La presque totalité des scieries de Chaudière-Appalaches s’approvisionne pourtant dans les forêts privées du Québec, mais aussi dans quatre états américains limitrophes (Maine, Vermont New Hampshire et New York).

«C’est une grande injustice. Résolu, le plus grand producteur du Québec, s’approvisionne sur les terres publiques et il se retrouve avec un tarif douanier de 8% inférieur aux plus petits joueurs», ajoute Gilles Lemay.

Carmin Hamel de la scierie Clermond Hamel de Saint-Éphrem-de-Beauce abonde dans le même sens. «Toute ma production provient de la forêt privée. Le département du Commerce ne fait aucune distinction entre les scieries.» Environ 20% de la matière première de l’usine Clermont Hamel provient des États-Unis. L’entreprise a l’intention à court terme de cesser son approvisionnement de l’autre côté de la frontière.
Chez Les Produits forestiers D.G. de Saint-Aurélie, la situation est différente. Près de 80% de leur bois provient du Maine. Ils n’ont pas d’autres choix que de poursuivre leurs relations d’affaires avec leurs fournisseurs étatsuniens.

Du côté du moulin à scie de Bois Daaquam à Saint-Just-de-Bretenière, on est resté très surpris qu’il y ait une aussi importante disparité entre les industriels. La scierie s’approvisionne à 75% au Maine et exporte la moitié de sa production aux États-Unis. 

Déjà-vu

Les usines à bois frontalières avaient libre accès au marché américain lors du dernier conflit du bois d’œuvre au début des années 2000. À cette époque, ils avaient montré patte blanche au département américain du Commerce. Ils ont ouvert leurs livres et montré qu’ils n’étaient pas subventionnés. Près de trente entreprises avaient alors été exemptées de la taxe douanière. Les usines frontalières comptent une fois de plus porter leurs doléances à Washington pour être exclues de cette taxe.

Confirmée en novembre

Le département du commerce des États-Unis maintiendra cette nouvelle taxe de 20% au moins jusqu’à la fin de leur enquête le 7 septembre. Ils analyseront si effectivement les scieries canadiennes sont des concurrentes déloyales. «En 2017, la façon de faire leur enquête a changé. Ils n’analysent pas au cas par cas chaque scierie. On se retrouve donc avec le tarif moyen», explique Gilles Lemay.

«Les industriels vont se bousculer cet automne et à l’hiver prochain pour faire une demande d’exemption au près du département américain du Commerce. On ne sait pas ce qui peut arriver», décrit Frédéric Lebel.  

À court terme

La Scierie Alexandre Lemay & Fils de Sainte-Marie (85 employés), Clermond Hamel de Saint-Éphrem-de-Beauce (130 employés) et Les produits forestiers D.G. de Sainte-Aurélie et Saint-Côme-Linière (250 employés) n’envisagent pas de diminuer le rythme de production à court terme. Ils continueront d’observer comment le marché des États-Unis réagira à la nouvelle. Ils espèrent notamment qu’une augmentation des prix du bois d’œuvre absorbe ce 20% et leur permette de maintenir le même volume d’exportation. «Les prochaines semaines vont nous dire si on est capable d’obtenir un prix correspondant au nouveau tarif douanier. On espère transférer à nos acheteurs le coût de la taxe, mais cette stratégie a rarement fonctionné», avoue Gilles Lemay.

Rétroactivité

Le département américain du Commerce a instruit les agents douaniers de collecter la taxe de façon rétroactive depuis les 90 derniers jours. En cas de non-paiement, aucun camion-remorque ne pourra traverser. «On parle de plusieurs milliers de dollars pour une entreprise comme la nôtre», dit Gilles Lemay. Carmin Hamel avance de son côté que son entreprise devra débourser tout près d’un million de dollars pour cette rétroaction.

Réaction de Québec

Québec a instauré un programme qui permettra aux scieries de s’acquitter de cette taxe rétroactive et de celle à venir, le temps de régler le conflit devant les tribunaux internationaux du commerce. La province a accepté mardi de couvrir 75% de cette nouvelle taxe. Le 25% restant devra provenir des liquidités des entreprises. « Si on n’avait pas cette aide, il y en a plusieurs qui fermeraient au Québec», est persuadé Gilles Lemay.

Réponse d’Ottawa

«Je trouve la réaction d’Ottawa très molle. Quand le Ministre des Ressources Naturelles James Gordon Carr dit qu’il existe des programmes existants pour les scieries. Il y en a, mais ils ne répondent pas à la problématique actuelle», critique Frédéric Lebel président du Groupe Lebel, propriétaire de Bois Daquaam à Saint-Just-de-Bretenière.

Baisse des prix au Canada

Les plus petits joueurs, ceux qui ne peuvent se permettre de payer la taxe, vont tenter d’écouler davantage leur production au Canada. « Mais dès que la valeur du bois d’œuvre au Canada atteindra le même seuil que la taxe américaine de 20%, ça va être du pareil au même», explique Gilles Lemay.