LES PRODUCTEURS DE PORCS AGONISENT
Les productrices et producteurs de porcs du Québec vivent présentement une période très difficile sur le plan financier. D’une part, l’appréciation du dollar canadien par rapport au dollar américain affecte la compétitivité de l’ensemble de la filière et les analyses démontrent que les abattoirs ont transféré la totalité de ce manque à gagner aux producteurs. A l’opposé de ce qui s’est produit dans d’autres industries actives sur les marchés d’exportation, il n’y a pas eu de vagues de congédiements massifs dans les secteurs d’activités en aval et en amont de la production porcine. C’est correct qu’il en soit ainsi. L’économie des régions, voire de la province, ne s’en porte que mieux en raison des quelque 28 000 emplois directs et indirects ainsi préservés. Ce qui est moins correct toutefois, c’est que le manque à gagner soit puisé en totalité dans le régime d’assurance-revenu des producteurs. La responsabilité de préserver les emplois n’incombe pas uniquement aux producteurs et au Ministre de l’Agriculture. Ainsi, d’autres ministères à vocation économique doivent être mis à contribution.
D’autre part, le marché mondial de la viande connaît présentement une phase de bas prix. En se positionnant sur les marchés d’exportation, l’industrie porcine québécoise et les gouvernements étaient bien conscients du risque associé aux fluctuations des prix. En encourageant l’industrie porcine à doubler ses exportations en 1998, le gouvernement de l’époque reconnaissait dès lors que malgré les fluctuations de prix, l’industrie porcine québécoise générait un apport économique majeur pour le Québec. Pour pallier aux fluctuations de prix, les producteurs et La Financière agricole cotisent à un régime d’assurance, cette dernière se voyant confier le mandat d’administrer ce régime.
Or, ce régime d’assurance ne fait pas présentement le travail pour lequel il a été mis en place. Deux mois après la fin de l’année 2007, les producteurs n’ont reçu qu’environ le deux tiers de l’indemnité destinée à couvrir les pertes qu’ils ont subies en 2007. De même, ils n’ont reçu aucune indemnité pour le manque à gagner qu’ils absorbent depuis le début de 2008.
Sans l’intervention à court terme de leur régime d’assurance, plusieurs producteurs vont devoir se résigner à mettre fin à leur activité. Le problème de ces producteurs n’en est pas un d’efficacité, bien au contraire. C’est le manque de liquidités relié aux sommes qui leur sont dues qui entraînera leur perte. Bien sûr, les familles de ceux-ci en sortiront écorchées. Elles ne seront toutefois pas seules à souffrir, car le retrait des producteurs entraînera la perte de nombreux emplois en aval et en amont de la production. Est-ce bien cela le souhait de La Financière agricole et du Gouvernement? Où sont passés les beaux discours des gouvernements à l’égard de la contribution positive de l’industrie porcine à la balance économique du Québec? Où sont passés ceux et celles qui ont invité les producteurs à doubler leurs exportations pour contribuer à l’amélioration de l’économie québécoise? Il faut agir et vite. Les producteurs ont épuisé toutes leurs options. Il serait déplorable qu’on se souvienne de leur apport le jour où ils ne seront plus là. Ce jour-là, il sera trop tard. Enfin, à l’épicerie, n’hésitez pas à exiger qu’on vous vende du porc produit au Québec. C’est la meilleure façon que vous avez de vous garantir un produit de très haute qualité et de contribuer à préserver les emplois.
Lyse Grenier Audet, présidente
Association professionnelle des producteurs
de porcs de la Beauce