Occuper dynamiquement le territoire, tout le monde y gagne
Il est de plus en plus courant d’entendre des observateurs s’interroger sur les coûts et, en filigrane, la pertinence d’occuper le territoire québécois. Certains relèvent entre autres que, parmi l’ensemble des municipalités québécoises de moins de 5000 habitants, 70 % de celles à vocation agricole ou minière sont en stagnation ou en déclin en matière d’emploi depuis 1991. D’autres expriment leurs réserves en soulignant que la situation n’est guère meilleure dans celles à vocation forestière ou maritime, alors que quatre communautés sur cinq ont connu une dégradation en termes d’emplois et que les avancées technologiques ont permis que se réalise le paradoxe suivant : les régions périphériques créent aujourd’hui plus de richesses qu’avant avec moins d’emplois. Il en résulte un exode des populations vers les régions métropolitaines de Montréal et de Québec. À la question maintes fois soulevée « Faut-il fermer les régions ? », la logique économique répond : le Québec n’a tout simplement pas le luxe de prendre la décision de ne plus occuper son territoire.
Disons-le d’entrée de jeu : le Québec n’a pas le choix d’occuper ou de ne pas occuper son territoire. Le poids dominant des ressources naturelles et de l’agriculture dans l’économie du Québec exige une politique globale d’occupation du territoire avec une vision d’ensemble du territoire québécois. L’occupation du territoire n’est pas seulement l’affaire de certaines régions-ressources et de quelques petites communautés rurales, même si cette mobilisation locale s’avère nécessaire et incontournable.
Que va-t-il se passer si on n’occupe pas le territoire ? L’impact sera extrêmement négatif pour l’ensemble du Québec, incluant les régions plus urbanisées. L’importance économique des ressources naturelles et de l’agriculture dicte ce constat. Les ressources naturelles représentent 169 000 emplois directs, 10,6 % du PIB québécois, soit 24,7 milliards de dollars, répartis en parts à peu près égales entre les secteurs de la forêt, de l’énergie et des mines, alors que celui de l’agriculture ajoute un montant de 2,5 milliards de dollars du PIB et 58 600 emplois à l’économie québécoise.
Ce qui se passe dans les régions a un impact bien réel partout au Québec. Tout développement économique, culturel et social en périphérie québécoise alimente les petits, moyens et grands centres urbains jusqu’à la métropole de Montréal. L’occupation des territoires du Québec profite en réalité à tout le réseau urbain.
Des raisons d’occuper le territoire
Si le Québec se retrouve en quelque sorte condamné – dans une stricte logique économique – à parvenir à une occupation dynamique du territoire, précisons qu’il ne s’agit pas de développer tous les territoires mais de préserver ceux qui sont occupés et de développer ceux qui peuvent l’être, de manière la plus efficiente possible. On ne parle pas ici que des municipalités des régions éloignées, mais également celles de régions comme l’Estrie, Lanaudière, Chaudière-Appalaches et l’Outaouais.
Toutefois, la raison fondamentale d’occuper le territoire va bien au-delà des indicateurs économiques. La dimension sociale et culturelle ne peut être écartée. Le territoire est pour ainsi dire multidimensionnel, c’est-à-dire culturel, historique, politique et économique.
S’il est essentiel d’occuper le territoire, on ne peut le faire n’importe comment. Tout est question d’équilibre et de complémentarité, d’abord et avant tout entre l’urbain et le rural. S’il faut consentir des investissements majeurs pour doter d’infrastructures les régions moins densément habitées, il ne faut pas laisser dépérir le noyau déjà urbanisé. L’occupation du territoire commande également une exploitation de ses ressources de manière responsable et viable. La rupture des réserves de ressources naturelles pourrait mettre en péril la sécurité alimentaire du Québec.
Une autre excellente raison qui milite en faveur d’une meilleure occupation des territoires réside dans la rentabilisation des investissements passés dans les infrastructures de transport et les équipements publics. Les acquis s’avèrent considérables à cet effet. Se questionne-t-on sur les coûts associés à l’abandon de ces infrastructures stratégiques?
Où en sommes-nous ?
£R:Le bilan, bien que démontrant la marginalisation grandissante des territoires ruraux et plus particulièrement ceux situés en périphérie éloignée, permet de mettre en évidence la nécessaire occupation du territoire québécois. D’autant plus nécessaire que le secteur manufacturier traverse une période difficile au Québec, comme le démontrent les nombreuses fermetures d’entreprises. Le Québec recèle de nombreuses ressources naturelles, base de l’identité du territoire, et l’exploitation de ces ressources ne profite pas seulement aux régions-ressources, mais aussi aux centres urbains.
Cet objectif est d’ailleurs devenu une préoccupation majeure du gouvernement, des centres de recherche et de l’Union des municipalités du Québec. De nombreuses politiques ont été pensées et mises en place pour développer les territoires, renforcer ceux déjà occupés et en occuper de nouveaux pour, ainsi, permettre une occupation dynamique du territoire.
Ce constat amène à se poser la question du devenir des territoires les plus fragiles. À l’origine d’une situation de sous-emploi, les villages subissent l’exode de la population et, plus particulièrement, des jeunes, entraînant appauvrissement et vieillissement de la population.
Il faut agir de manière à remobiliser la population et trouver des actions possibles pour impulser une nouvelle dynamique territoriale, redonnant confiance et sentiment d’appartenance à la population. Bien souvent, le renforcement des municipalités permet de stimuler ce sentiment, car la population québécoise se sent appartenir à sa municipalité, bien plus qu’à tout autre découpage administratif.
Il importe maintenant d’identifier collectivement les actions à mettre en place pour occuper le territoire de manière dynamique et durable et le Caucus des municipalités locales de l’UMQ presse tous les partenaires à s’associer à cette démarche. Ce grand projet de société doit faire l’objet d’une adhésion massive, parce que tout le monde y gagnera au bout du compte.
Pour toute question n’hésitez pas à contacter M. François Sormany au 514-282-7700, poste 265 ou par courriel à fsormany@umq.qc.ca.
par M. jean Perras, Maire de Chelsea et et Président du Caucus des municipalités locales de l’UMQ