Lettre ouverte à M.PHilippe Couillard
Bonjour Monsieur Couillard,
Je m’adresse à vous en faisant appel à plusieurs facettes de votre personnalité : l’humain, le scientifique, le politicien.
1- L’humain en vous
Monsieur Couillard, lors de l’annonce de Rabaska à Beaumont, en avril 2004, beaucoup de personnes étaient rassemblées dans le centre communautaire pour demander des explications aux élus de la place. Personne n’avait une grande idée ce qu’était un terminal méthanier. Derrière moi se trouvait une jeune femme enceinte chez qui je lisais dans les yeux la détresse parce que son mari et elle venaient d’acquérir une maison dans la rue Vitré. La maison appartenait à une personne qui s’était fait suggérer, par un membre du conseil de l’époque, de la vendre à cause de la venue, encore secrète de Rabaska. Ceci se passait à l’automne 2003. Ce jeune couple l’avait acquise en pensant y trouver une qualité de vie intéressante pour élever leur famille. Quelle tristesse et désappointement pensez-vous que vivent ces personnes? Ils attendent une deuxième enfant. Comment réagiriez-vous, si cette situation était arrivée à votre fils ou votre fille?
2- Le scientifique
Monsieur Couillard, vous avez combattu, avec beaucoup d’ardeur et malgré la pression de promoteurs, le choix du site du CHUM près de la gare de triage. Vous avez tout à fait raison de ne pas vouloir exposer les malades et le personnel d’un hôpital à de potentiels dangers associés à ce lieu où peuvent transiter des matières dangereuses. Croyez-vous que la situation soit si différente pour toutes ces familles de Lévis, Beaumont et l’Île d’Orléans face au projet Rabaska? Monsieur Couillard, votre formation scientifique vous permet de comprendre ce qu’est du GNL et les dangers qu’il représente pour une population exposée soit lors du transport, du transbordement, de l’entreposage pour ne citer que ceux-là. Les zones d’exclusion sont de 500 m pour le méthanier et 400 m au niveau des réservoirs, vous pouvez comprendre ce qu’est une radiation thermique de 5 kW/m2 qui peut brûler au 2e degré en 40 secondes? Quelles sont les chances des enfants de Valérie (c’est son nom) s’ils jouent dehors à 700-800 mètres du méthanier? Que deviendra leur qualité de vie? N’ont-ils pas également le droit de vivre aussi en sécurité que les enfants de Sillery ou ailleurs dans le grand Lévis? Je vous demande de lire le plan d’urgence d’Énergie Cacouna, ci-annexé. La figure à la page 66 de l’annexe D parle beaucoup.
3- Le politicien
Monsieur Couillard, vous faites partie du conseil des ministres qui doit décider prochainement d’un décret ou non. Je vous prie de dire non à ce décret, à toute cette pression qui vous place dans une situation d’urgence. Faites-le en pensant au type d’héritage politique que vous voulez laisser. Je vous ai toujours fait confiance, mais depuis votre prise de position politique dans ce dossier, je dois vous avouer ma grande déception. Vous m’avez toujours semblé être un homme intègre qui incite au respect, je vous prie de conserver cette image auprès de toutes ces familles qui devront vivre avec l’odieux d’une décision prise par un gouvernement qui bafoue ses propres lois. La municipalité de Beaumont désire avant tout protéger ses citoyens qui nous font confiance et dont 70% de la population, il faut le rappeler, ont dit NON à Rabaska dans une proportion de 72%. Il en serait de même aujourd’hui et je suis très déçue de la position de la ville de Lévis qui a carrément abandonné sa population dans le secteur touché.
Je vous remercie de votre attention et je comprends que la situation est difficile et stressante, je vous souhaite une réflexion préoccupée par le legs que l’on veut laisser aux générations futures. Il ne faut jamais oublier que nous leur avons emprunté notre environnement, comment le retrouveront-ils dans quelque temps?
Louise Maranda
Conseillère à Beaumont