Un monde dans la tourmente
Dans quel monde vivons-nous aujourd’hui? C’est la question que nous sommes en droit de nous poser. Comme nous pouvons le constater, le monde se porte plutôt mal. Il est infecté par le virus tant de fois décrié d’un capitalisme sauvage qui n’a pas su se fixer de limites. En témoigne, ce 11 septembre financier qui menace les grandes économies mondiales. D’abord les États-Unis. Ensuite l’Europe. Bientôt le Canada et par ricochet le reste du monde, c'est-à-dire chacun d’entre nous. Ce virus, fort de son pouvoir, a été mis dans la main de quelques individus peu scrupuleux qui trônent au sommet des oligarchies financières qui regardent du haut de leur piédestal le reste du monde soumis à leurs moindres désirs et fantasmes.
Éric Fromm avait raison! Dans son ouvrage intitulé «Avoir ou Être» paru en 1976, il avait prévenu l’humanité des conséquences dramatiques tant psychologiques qu’écologiques qu’engendreraient une culture favorisant l’avoir au détriment de l’être. Nous arrivons à la fin de cette illusion où la production, la consommation et la compétition à outrance ne sont plus les garants d’un plus grand bien-être et d’un plus grand bonheur. Le bonheur que nous cherchons tous tout au long de notre vie ne peut se restreindre à la déclinaison du simple verbe «avoir». La source de l’avoir semble se tarir et vit ses derniers instants. Là où la satisfaction sans restriction de tous les désirs ne contribue plus au bien-être, là où l’humain pensait que le progrès technique lui amèneraitla pleine satisfaction de ses besoins, de ses désirs et de ses aspirations,l’écho n’est plus. Bien au contraire, cette fuite dans l’industrialisation, la technologie et aujourd’hui la mondialisation n’a fait qu’engendrer une succession de périls écologiques, humanitaires, sociétaux et individuels. La planète, par les signes qu’elle nous envoie, ne semble plus en mesure de répondre à nos caprices. L’unique voie de l’avoir est devenue un cul-de-sa cexistentiel. Qu’attend-on nous pour réagir?
Si nous souhaitons éviter une déroute collective vers l’extinction de l’espèce par excès de consommation, il faut éveiller rapidement l’humain qui sommeille en nous. Notre seul espoir: nous-mêmes. C’est dans l’Être que se trouve la solution, dansnos consciences. Nous possédons tous un merveilleux potentiel d’humanité qui netient qu’à nous d’actualiser. C’est la fin d’un pouvoir remis aux mains de puissants sans conscience. Il est temps que la démocratie retrouve tout son sens. C’est dans l’avènement de l’humain dans l’homme que se trouve la réponse.L’humanité se doit d’effectuer consciemment le passage de l’hominisation à son humanisation. De se libérer de sa partie animale de consommateur compulsif insatiable pour faire éclore son humanité consciente de ses nombreux rapports avec ce qui l’environne. Par sa conscience, caractéristique de son être, l’humain doit comprendre qu’il est vitalement lié à la nature qui lui permet d’être. Être social, il a besoin d’autrui pour grandir et qu’ensemble ils doivent être solidaires dans la satisfaction de leurs besoins, leurs désirs etd e leurs aspirations. Il doit prendre conscience que la survie de son espèce dépend du développement de son autonomie et de sa responsabilité. Et par dessus tout, il doit pouvoir s’appuyer sur une éthique naturelle capable de l’aider à le guider dans le développement et le bon fonctionnement de son être dans ses rapports avec le monde, la vie et l’humain. C’est par l’accession à une éthique fondée sur sa nature d’être humain qu’il parviendra à rétablir sa trajectoire vers un monde où les humains, en investissant autant sur l’être que sur l’avoir, parviendront peut-être à éviter de sombrer dans la tourmente.
Christophe Navel
Doctorant en psychopédagogie de l'Université Laval
Catherine Pelchat
Commentaire mis en ligne le 13 octobre 2008Oui, Eric Fromm avait raison. On ne peut qu'encourager la lecture de "Avoir ou Être", un essai remarquable que j'ai lu il y a cependant bon nombre d'années.
Le passage de l'homonisation à l'humanisation ne consiste cependant pas pour l'humanité à se libérer de sa "partie animale de consommateur compulsif insatiable". D'abord parce que nous sommes à part entière des animaux, et, ensuite, parce qu'il n'existe pas, à ma connaissance, d'autres espèces animales consommant de manière aussi excessive que notre propre espèce... Je trouve malheureux (maladroit) d'inviter à être plus conscient de nos nombreux rapports avec ce qui nous environne en dénigrant d'entrée de jeu une part pourtant hautement estimable de cet environnement, la part animale.
Les autres animaux peuplant notre planète ne sont guère traités par notre espèce comme des êtres dotés de conscience, de sensibilité, avec des intérêts propres, une valeur intrinsèque, mais avant tout comme des objets de consommation. Pourtant, il serait tout à fait possible d'entretenir avec eux des rapports tout autre, qui respecteraient à la fois leur intégrité et la nôtre. En cette période de l'année, par exemple, ne serait-il pas plus humain de ne pas chasser, de ne pas infliger peurs, souffrances et mort à des bêtes particulièrement inoffensives? Ne serait-il pas plus humain de cesser de consommer de la viande?
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