Une désinstitutionalisation ratée????


Publié le 20 février 2012

Les récents événements survenus à Saint-Romain ont ramené dans l'actualité la pertinence et l'efficacité de la désinstitutionnalisation. Le fait que le suspect dans cette histoire, Pascal Morin, est aux prises avec des problèmes de santé mentale et de consommation de drogue a amené plusieurs individus et organismes à évaluer ce processus. Certains ont proclamé son échec, d'autres ont déploré le manque de ressources sur le terrain et d'autres ont tout simplement critiqué le SYSTÈME. Rappelons que le meurtrier présumé, Pascal Morin, souffrirait de troubles bipolaires et/ou schizophrénie, en plus d'un problème de toxicomanie.

Des blâmes ont été adressés au Gouvernement du Québec par le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu puisque la plupart des lits disponibles ont été psychiatrie ont été fermés au Québec, dans le but de permettre à l'État de boucler ses budgets. « Il faut que le gouvernement accepte une partie de la responsabilité là-dedans, parce que c'est une conséquence directe de la désinstitutionnalisation» a-t-il dit. L'argumentation de monsieur Boisvenu se dirigeait surtout vers les familles qui ont souvent eu à prendre en charge ces malades et s'assurer qu'ils prennent leurs médicaments afin de contrôler leur état.

« Pas une seule famille ne m'a blâmé pour mes propos » nous a-t-il confié lors d'une conversation téléphonique alors que les critiques se sont rapidement dirigées vers lui. « Il y a environ 2 à 3 % des malades touchés par la « désins » qui n'ont pas de soins adéquats. À l'époque, il y avait trop de gens institutionnalisés. L'idée de retourner en société des gens encadrés était noble, les ressources devaient suivre, mais ce ne fut pas le cas. Les familles ont hérité de cas très lourd dans certains cas, mais sans les ressources. On peux-tu au moins critiquer la façon dont ça s'est fait?» se questionne-t-il. Il poursuit en comparant le nombre de cas où des personnes ont été jugées non criminellement responsables de meurtre au Québec au cours des dernières années avec le reste du Canada. « Le Québec représente 45% des cas de tout le pays. Il y a assurément quelque chose qui ne va pas. »

Certaines des opinions émises par le sénateur Boisvenu trouvent écho auprès de la directrice générale de la Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale (FFAPAMM), Hélène Fradet, qui estime qu'il y a un problème fondamental relié à des fondements législatifs. « Notre système est ancré sur la Charte des droits et libertés qui permet à tout citoyen de prendre les décisions qui le concernent, et ce à moins que ce dernier ne soit pas apte à le faire. Des personnes atteintes de maladie mentale refusent l'aide disponible et mettent ainsi en danger la sécurité collective. Des solutions existent. On a de la difficulté à arrimer notre système de solution au Québec »

Parmi les solutions proposées par le sénateur Boisvenu, il souhaite que les personnes ayant une problématique de santé mentale ainsi qu'un problème de consommation fassent l'objet d'un encadrement accru, que l'on se donne des outils pour suivre médicalement ces personnes, que l'on revoit les niveaux de danger imminents chez les patients et que l'on puisse déjudiciariser un dossier médical.

La région a passablement été touchée depuis la mise en place de cette désinstitutionnalisation. Le Sanatorium Bégin de Lac-Etchemin, aujourd'hui CSSS des Etchemins, a déjà eu sous son toit au-delà de 300 lits dont plus de 200 étaient réservés à la santé mentale de courte et longue durée. Il n'y a plus d'hébergement psychiatrique dans cet établissement depuis mai 2010. Seules trois résidences secondaires abritent une vingtaine de clients. Le reste des cas problématiques a été confié à d'autres institutions telles que le CSSS de Beauce, le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de Chaudière-Appalaches et à quelques organismes communautaires.

Des intervenants qui ont œuvré dans l'institution nous ont confié que de désinstitutionnaliser certains cas avait été une erreur. Des intervenants du domaine de la santé, des policiers et des familles questionnent les résultats de la démarche et les coûts sociaux qui y sont rattachés. Le Québec est malheureusement frappé depuis deux décennies environ par une épidémie de drames familiaux du même genre. Le sénateur Boisvenu et madame Fradette proposent des solutions. On devrait peut-être les écouter et en discuter. Ils ont le mérite d'avoir des arguments.