La Contrée en Montagnes à un carrefour

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Par Eric Gourde
La Contrée en Montagnes à un carrefour
La Contrée en Montagnes tenait son assemblée générale annuelle mercredi dernier à Buckland. (Photo : La Voix du Sud - Éric Gourde)

MUNICIPAL. Née d’une association entre les localités de Saint-Léon, Saint-Nazaire, Buckland et Saint-Philémon, la Contrée en Montagnes dans Bellechasse discute des enjeux concernant ces quatre municipalités depuis maintenant dix ans.

Au départ, la démarche était innovatrice. Exploration, laboratoire ou expérimentation sont des qualificatifs qui décrivent généralement bien son rôle, convient l’agent de développement à la MRC de Bellechasse, Guy Boudreau, qui a initié la réflexion. «Quand j’ai pensé à cette idée, je cherchais une façon d’impliquer certaines municipalités parmi les plus dévitalisées de la MRC et leurs comités locaux de développement, sauf qu’individuellement, ça ne fonctionnait pas.»

Inspiré de la façon de faire de communautés rurales en France, le principe de la Contrée en Montagnes a réussi à réunir élus et intervenants des quatre localités pour réfléchir à des projets communs. «Il y a des communautés d’environ 50 personnes là-bas. Des lois les forcent à travailler ensemble s’ils veulent éviter les fusions municipales. Chez nous, nous n’avions pas le choix de réagir pour freiner notre dévitalisation.»

Des essais et des erreurs

Quatre municipalités ont finalement levé la main pour éventuellement s’asseoir ensemble. L’idée d’un laboratoire rural subventionné par le gouvernement du Québec a incité ces localités à se réunir. «On a fait trois appels de projets, mais n’avons jamais eu d’argent. La démarche a toutefois permis de faire des constats. Nous avons réalisé que nous allions dans le mur. Nous avions beau essayer d’agir, mais rien ne changeait. Il fallait faire quelque chose sans argent.»<

Gabriel Paquet du Pub de la Contrée de Bellechasse a inspiré les intervenants de la Contrée avec son projet.

La Contrée n’a pas toujours frappé dans le mille. Certaines idées ont connu des ratées ou cheminé différemment. À titre d’exemple, la microbrasserie du Pub de la Contrée à Buckland, première initiative du regroupement, a maintenant ses lettres de noblesse. La coopérative de permaculture Les Choux Gras se tire également bien d’affaire, mais est maintenant établie à Saint-Damien. Les sentiers du Chemin St-Rémi sur le territoire existent toujours, sauf que l’entité elle-même connait des ratées.

Plusieurs des initiatives du groupe se sont tout de même étendues aux localités voisines et même à l’ensemble de la MRC. «La réflexion touristique que nous avions amorcée est maintenant étendue aux 33 municipalités de Bellechasse-Etchemins, six localités font maintenant partie du camp de jour unifié et internet haute vitesse est devenu un projet MRC, tout comme les Rendez-vous Bellechasse et les Grands sentiers Chaudière-Appalaches, qui deviendront un projet régional. Toutes ces réflexions viennent de là. Nous n’avons pas fait le travail, mais nous avons amorcé les choses dans plusieurs dossiers», illustre Guy Boudreau, qui juge que la Contrée est davantage devenue, avec le temps, un lieu de réflexion et d’échanges plutôt qu’un outil de développement, n’ayant jamais été véritablement supportée par les gouvernements supérieurs.

Une réflexion est actuellement en cours sur un service intégré en loisirs et une autre sur l’avenir des églises de la région. Guy Boudreau rappelle que c’est à la Contrée que ce sont amorcé ces réflexions. «Quelques visites exploratoires nous ont permis d’aller chercher des idées et de l’information sur divers sujets. Exemple, au niveau des technologies, nous sommes allés à Saint-Zacharie voir comment ils ont réglé leur problème d’internet et de câblodistribution. On ne crée pas de projets, mais un environnement pour en favoriser l’émergence. C’est une nouvelle forme de gouvernance territoriale.»

Les villages se doivent d’être de plus en plus créatifs pour demeurer attrayants et d’abord conserver certains de leurs acquis.

Et maintenant….

Outil de développement ou carrefour d’idées, l’avenir du groupe sera au cœur des réflexions du conseil d’administration qui devra se questionner sur sa mission, ses projets et autres. Si les gens ayant contribué aux échanges, à la naissance du regroupement, lui sont demeurés fidèles, réussir à inclure de nouveaux participants n’est pas chose facile. «Il s’est passé beaucoup de choses à l’intérieur du groupe depuis nos débuts. Ce n’est pas évident de transmettre cette complicité-là aux nouveaux joueurs, particulièrement les conseillers municipaux. Même chose pour ceux qui nous regardent de l’extérieur», ajoute Guy Boudreau.

Est-elle toujours pertinente? La réflexion est amorcée indique M. Boudreau. «La question se pose. Nous avons eu des demandes de municipalités avoisinantes pour en faire partie comme Saint-Luc, Armagh et Saint-Magloire. Étant donné que nous sommes à un carrefour, nous avons une évaluation à faire. Amener de nouveaux joueurs nous forcerait à ralentir. L’assiduité que cela exige est à considérer et les changements de mentalités nécessaires aussi. La Contrée est devenue une philosophie et une façon de faire avec le temps. On ne se limite pas à notre monde, mais on a besoin de parfaire notre réflexion.»

Il indique que certaines discussions des derniers mois seront de nouveau à l’agenda de la prochaine année. Les principaux sujets au cœur de cette réflexion seront la démarche de développement touristique Bellechasse-Etchemins, la stratégie territoriale sur l’avenir des églises, la pertinence d’une mise en commun des services municipaux tels que l’incendie et les loisirs, ainsi que la création des Grands Sentiers de la Chaudière-Appalaches.

Les collectivités rurales ne sont toutefois pas au bout de leur peine remarque Guy Boudreau, car même si des initiatives locales connaissent du succès, des inquiétudes demeurent vives. «L’affluence au Parc régional Massif du Sud augmente continuellement, mais les localités qui sont à proximité observent peu ou pas de gains sur leur territoire. On plonge pareil. Des commerces ont fermé, l’école de Saint-Philémon était en danger, donc, il y a encore un problème. Au moins, nous le savons et pouvons alimenter les conversations.»

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