Michel Bonneau ne croit plus au troisième lien

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Par Eric Gourde
Michel Bonneau ne croit plus au troisième lien
L’ex-maire de Saint-Anselme, Michel Bonneau, a choisi de parler publiquement pour la première fois depuis son retrait de la politique municipale. (Photo : La Voix du Sud - Éric Gourde)

POLITIQUE. L’ancien maire de Saint-Anselme, Michel Bonneau, estime que la nouvelle confirmant le financement du tramway de Québec et l’inaction des gens en place signifieront à brève échéance, la mort du dossier d’un troisième lien reliant Québec et Lévis.

Dans une première entrevue depuis sa défaite aux élections municipales de 2017, M. Bonneau souhaitait exprimer sa déception face à ce qu’il appelle «l’inertie politique des leaders de la région» dans ce dossier. Des éléments de l’actualité des dernières semaines l’ont incité à émettre son point de vue.

«C’est très irritant pour moi. Comme ex-élu beaucoup, mais aussi comme citoyen. C’est triste ce qui est arrivé. Quand j’étais élu, j’avais à cœur ma MRC et ma région. J’ai travaillé fort et ai donné ce que j’avais à donner. Le troisième lien n’est pas dans les plans de personne. Avec Lévis il n’est pas là, avec Bellechasse non plus et aussi avec Montmagny-L’Islet, il n’est pas dans les plans politiques. Personne ne nous montre un leadership qui fait que le dossier est toujours actif.»

Selon lui, le dossier deviendra secondaire avec le temps. «Je vois déjà François Bonnardel (ministre des Transports) nous dire «On va faire le tramway, on met beaucoup d’argent là-dedans et on verra si ça règle certains problèmes de mobilité.» Le troisième lien vient de tomber sur la tablette du bas. J’ai 63 ans et je ne pense pas le voir.»

Celui qui a été à la tête de sa municipalité pendant une douzaine d’années insiste pour dire qu’il a toujours voulu garder son devoir de réserve, mais jugeait pertinent de solliciter un entretien. «Je ne veux pas faire partie du club des belles-mères. Il faut savoir se retirer et laisser les autres prendre la relève. On a ce devoir-là lorsqu’on cède sa place. Mais là, ça m’a crevé le cœur, ça m’a déchiré. Je suis encore un contribuable et j’ai encore un droit de parole. J’ai 12 ans d’expérience à la tête d’une municipalité qui a été dynamique et je suis capable d’observer certaines choses.»

La sortie récente de l’ex-député de Bellechasse, Bertrand Goulet, l’a aussi motivé à faire de même. https://www.lavoixdusud.com/2019/08/10/troisieme-lien-bertrand-goulet-vise-certains-medias/

«Que quelqu’un comme lui se lève m’a incité à le faire. Ça m’a fait frissonner et c’est quelqu’un qui a une notoriété. C’était d’une politesse à son image et j’ai adoré. Quand M. Goulet a fait sa sortie, je me suis dit que s’il avait 30 ans de moins et qu’il était maire de Bellechasse quelque part, ça brasserait dans la sauce, c’est certain. M. Goulet est capable d’avoir une certaine délicatesse. Moi, j’ai d’autres mots, mais on dit la même chose tous les deux.»

L’exemple du gaz naturel

Michel Bonneau se rappelle que des travaux sont réalisés sur le sujet depuis longtemps. Il continue néanmoins de prétendre qu’un troisième lien ne verra jamais le jour, malgré tout. «Je suis convaincu qu’on manque notre coup à jamais. Il y a 30 ans, nous n’avons pas écouté Réal Lapierre sur le troisième lien (ex-maire de Beaumont et ex-député fédéral). Il était avant-gardiste. 25 ans plus tard, on dit «Wow, Réal avait raison!» Là, on continue à y penser et on va se faire dire non. Ou bien nous ne sommes pas crus, ou encore nous n’avons pas la volonté de l’avoir.»

Selon lui, le dossier du troisième devrait être un combat régional, au même titre que la mobilisation provoquée par la nécessité d’obtenir une desserte en gaz naturel dans Bellechasse il y a quelques années. «Je pense que j’amenais un certain dynamisme et un certain leadership dans le cercle des élus pour que politiquement, les dossiers aient du mordant et que l’on avance. Le dossier du gaz naturel est un bon exemple, la route 277 aussi. Nous avons joué notre rôle auprès des paliers supérieurs et défié nos élus pour obtenir ce que nous souhaitions.»

Il ajoute que le milieu doit toujours justifier ses demandes politiquement comme les élus en place l’ont fait à l’époque. «Le gaz naturel était un projet de 35 millions de dollars, ce n’est pas un sac de chips. Autant du côté de Bellechasse que de Montmagny-L’Islet ou Lévis, on n’a pas de leadership actuellement. Qui est l’homme du troisième lien ici ? Personne n’a pris la pôle. Plusieurs se sont dits, on va voir ce que Lévis va faire.»

Penser à l’avenir

L’élu a la responsabilité de penser à l’avenir, rappelle Michel Bonneau. «Le présent, tu l’as dans le visage, il a été fait par d’autres. Quand tu es élu, tu ne peux pas être en demi-mesure et tu as un devoir envers la population qui t’a élu de toujours répondre à cette confiance et assumer ton siège. Actuellement, je suis excessivement déçu du comportement de ceux qui sont là. Avant, nous avions un esprit d’équipe et régional qui n’est probablement pas là aujourd’hui, sinon quelqu’un parlerait du troisième lien.

La promesse de la Coalition Avenir Québec (CAQ) sur le dossier, lors de la plus récente campagne électorale provinciale, ne rassure en rien Michel Bonneau. «Si la CAQ avait vraiment l’intention de faire un troisième lien, ils ne mettraient pas autant de milliards de $ dans un tramway sans accrocher la grande région de Québec au complet, incluant la Rive-Sud et le troisième lien pour faire un projet suprarégional qui règlerait les problèmes pour les 50 prochaines années. Un projet doit solutionner les problèmes pour le temps que tu le payes, ce qui n’est pas le cas ici, alors que les leaders se lèvent.»

Le tramway ne règlera même pas les problèmes de Québec selon lui.  «C’est mal pensé, mais ça va être beau par exemple. Sauf qu’il ne va pas à Beauport, ni à Charlesbourg, ni à l’aéroport, il va sur la Grande-Allée et pour faire plaisir aux amis à Labeaume, c’est tout. Ce n’est pas un projet structurant. À l’époque du SRB, on présentait à Lévis une facture de 680 millions $. C’était impensable. C’était un plan pour le tramway en disant que Lévis ne voulait pas de transport en commun. C’était parfait.»

Michel Bonneau avoue qu’il aurait préféré un pont comme troisième lien entre les deux rives, justifiant sa réflexion par la profitabilité à long terme de l’exercice. «Il faut toujours se dire mon argent va se rentabiliser comment ? Où puis-je aller chercher mon surplus ? Touristiquement, nous aurions un plus comparativement à un tunnel que personne ne viendra voir.»

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