Clément Fillion annonce son départ

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Par Eric Gourde
Clément Fillion annonce son départ
Le maire de Saint-Nazaire et préfet de la MRC de Bellechasse, Clément Fillion. (Photo : La Voix du Sud - Archives)

MUNICIPAL. Maire de Saint-Nazaire et préfet de la MRC de Bellechasse, Clément Fillion a confirmé son retrait de la vie municipale à la fin du présent mandat.

La nouvelle ne surprendra personne puisqu’il avait affiché ses couleurs lors de la dernière campagne électorale municipale. Après avoir quitté la direction générale de la MRC de Bellechasse, M. Fillion avait accepté de se lancer après avoir été courtisé par des résidents de sa localité. Il avait ensuite été nommé par ses pairs préfet de la MRC possiblement en raison de sa vaste connaissance du milieu municipal de et la MRC elle-même. Après 48 ans de vie municipale, Il estime avoir donné.

« J’avais prévenu tout le monde que je me présentais, mais pour un mandat seulement. J’en ai trop vu qui sont revenus et qui n’avais visiblement plus le goût. Ça donne des mandats plus difficiles parfois. J’avais encore le goût mais là, un autre quatre ans, je commence à être essoufflé. Je viens d’avoir 72 ans. Si je reprends un autre quatre ans, j’en aurai 76 à la fin. Il faut avoir le désir, la fougue, et ben d’autres choses. C’est le temps de laisser la place à d’autres. »

Sa présence à la préfecture de la MRC était vue d’un bon œil par plusieurs, puisque qu’elle lui permettait à la nouvelle direction de la MRC de bénéficier de son expertise, après le départ à la retraite de quelques ténors de l’entité. La pandémie a toutefois empêché les rencontres en personne et le tout a dû se faire à distance la majorité du temps. « Nous avions une jeune relève et l’importance d’être connecté au politique est indéniable. L’importance d’être connecté aux élus en est une autre. Ma force est que j’avais plusieurs contacts déjà établis. Comme je connaissais à peu près tout le monde, je pouvais mesurer si j’étais sur la bonne piste ou non. Nous avions trouvé une façon de communiquer pour être le plus efficace possible. »

Habitué, de par ses fonctions de directeur général à être constamment impliqué dans l’évolution des dossiers, Clément Fillion avoue que la dernière année a nécessité des ajustements. « Je suis un gars de terrain, j’aime que les choses bougent. J’aime voir évoluer les choses et depuis plus d’un an, ce n’est plus la même façon de faire. Avant, j’allais au bureau régulièrement et là, nous sommes à distance et ce n’est pas ma façon de faire. »

De plus en plus complexe

Clément Fillion constate, comme plusieurs, beaucoup de mouvement dans les fonctions de direction dans quelques municipalités de la MRC. Il avoue que l’administration municipale s’est alourdie avec le temps. « Le secret est l’interrelation entre la direction générale et la mairie. Il faut que les deux forment une équipe et que la complicité soit évidente. La gestion d’une municipalité, c’est beaucoup de choses et les gens doivent être polyvalents et connaitre leurs dossiers. Aménagement du territoire, évaluation foncière, développement économique, gestion de personnel, la voirie municipale, etc. C’est tellement varié. Heureusement, des formations se donnent aujourd’hui. »

Il remarque de plus en plus de personnes qui hésitent avant de se lancer en politique municipale pour cette raison. « C’est demande beaucoup de temps. J’en ai vu des gens se lancer et de constater par après que c’était peut-être trop. Comme la fonction de préfet, quelqu’un qui a encore un emploi peut difficilement penser à se lancer là-dedans, car ça demande beaucoup de disponibilité. Tu ne sais jamais quand tu seras appelé pour une rencontre. C’est même devenu exponentiel avec l’arrivée des rencontres virtuelles. »

M. Fillion a plusieurs choses en tête et se donne les prochains mois pour faire part de son bilan et de ses réflexions. Une chose demeure, il en a vu des choses au cours des 40 dernières années. « Le Bellechasse quand je suis arrivé n’est plus celui d’aujourd’hui. La MRC compte aujourd’hui 70 employés, car des volontés ont été prises pour se donner des services et certains en commun. Nous avons été précurseurs et c’était une bonne décision de le faire, car les municipalités rurales ne peuvent offrir tous les services dont les citoyens ont besoin. »

Sur des regroupements éventuels de localités entre-elles, Clément Fillion estime que le regroupement de certains services municipaux est à tout le moins incontournable

Des changements nécessaires

Avec une vie municipale de près de 40 ans, Clément Fillion était bien placé pour faire certains constats, le plus évident étant l’omniprésence des gouvernements supérieurs, particulièrement au provincial, dans le quotidien des localités. Un peu d’air serait le bienvenu, selon lui. « On prend la peine de faire des élections et d’élire les gens pour représenter une communauté. Si c’est gens-là ne pose pas les bons gestes, ils vont se faire sortir. Le gouvernement devrait leur faire confiance et leur donner plus de pouvoir pour exécuter différents mandats. »

À certains niveaux, cette implication des gouvernements est exagérée et inefficace, selon M. Fillion. « Un exemple, l’aménagement du territoire. Ça fait longtemps que l’on demande de mettre à jour la fameuse loi qui date d’il y a pratiquement 40 ans. Cette loi est un paquet de paramètres que tu ne peux rien faire sans avoir eu l’approbation des orientations dites gouvernementales. Les citoyens nous questionnent souvent sur le pourquoi d’avoir pris telle ou telle décision. On leur répond qu’on n’avait pas le choix en raison des lois. »

Faire confiance aux milieux doit devenir un incontournable, à son avis. « Ça se peut qu’on se trompe, mais on va prendre les meilleures décisions en tenant compte de la réalité et des besoins de nos communautés. Les mesures actuelles sont de l’Abitibi à la Gaspésie et ne tiennent pas compte d’un paquet de choses. »

Il va même jusqu’à dire que l’omniprésence de certaines structures nuit au développement des localités. Une révision est d’ailleurs entamée par certains partis pour revoir l’urbanisme au Québec. « On a adopté une loi au Québec qui s’appelle l’occupation du territoire, mais qui ne veut rien dire. Il faut avoir les moyens de l’appliquer, et de la flexibilité, ce que nous n’avons pas. »

La pandémie semble avoir éveillé chez plusieurs ce désir de quitter les milieux urbains, une bonne opportunité de revigorer le monde rural, selon son estimation. « On sent une compréhension à tout le moins chez les fonctionnaires. Il faudra une certaine pression politique que le monde rural est en train de changer. Il y a une opportunité d’occuper le territoire. Il est peut-être temps que les villes se rendent compte qu’elles ont besoin de nous pour se développer, ne serait-ce que pour l’agriculture ou la forêt. »

La définition du monde rural ne fait pas partie des paramètres, selon M. Fillion, la législation étant basée sur les milieux urbains. « Tu ne développes pas une région comme Bellechasse comme tu le fais en ville, même si 80 % de la population réside en milieu urbain. Il y a une philosophie urbaine que l’on veut implanter en milieu rural. On se bat pour des allégements et c’est une fin de non-recevoir. »

Une autre instance qui doit être sous la loupe, à son avis, est la Commission de protection du territoire agricole dont les paramètres considèrent bien mal le monde rural. « Il n’y en aura plus de gros producteurs agricoles dans certains milieux. On essaie de maintenir les trois ou quatre qui reste, mais quand ils vont cesser d’exploiter, on va faire quoi. On a déjà considéré qu’un projet de développement à Saint-Nazaire était de l’étalement urbain, encore-là, parce que la ville se mêle de nos affaires. Dans les milieux forestiers, on pourrait vendre des emplacements de petites superficies en bordure de certaines routes ou en montagne. Tous les producteurs sont pour ça et pourraient rentabiliser leurs investissements. »

Enfin, si son implication comme maire et comme préfet lui a permis d’allonger sa carrière et que la pandémie est venue bouleverser cet agenda, Clément Fillion se dit serein dans sa décision. « Je n’ai pas de regret. Je savais dans quoi je m’engageais. J’avais vu agir les gens avant moi. J’avais remarqué que la lourdeur de la tâche d’un élu allait en augmentant. Il y a eu des moments plus difficiles avec de la réorganisation, des départs au niveau des équipes en place et une certaine restructuration, mais nous sommes sur la bonne voie. »

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