Marco Labrie : prolonger sa vie grâce au rock’n’roll

Photo de Serge Lamontagne
Par Serge Lamontagne
Marco Labrie : prolonger sa vie grâce au rock’n’roll
C'est grâce à son amour de la musique, et du rock en particulier, que Marco Labrie a créé le Concert pour la vie, événement qui lui permettra de prolonger sa vie d'au moins 10 ans, sinon davantage. (Photo : La Voix du Sud – Serge Lamontagne)

VIVRE. Natif d’Armagh et fondateur du Concert pour la vie, événement présenté à Québec depuis 2011, Marco Labrie a appris, à l’automne 2020, qu’il n’avait que peu de temps à vivre. En l’espace de quelques semaines seulement, il a réussi à retourner ce mauvais coup du sort, ses médecins lui apprenant qu’il prolongera sa vie d’au moins 10 ans, sinon davantage.

Comment est-ce possible direz-vous ? Le Bellechassois d’origine a pu profiter d’un nouveau traitement, développé par l’équipe de recherche du docteur Jean-Mathieu Beauregard du CHU de Québec, qu’il a initié par la première bourse de recherche attribuée par son événement, en 2016.

« J’ai été 14 ans à me faire dire que je ne pouvais pas avoir d’espoir. Il faut toujours garder espoir. Je n’ai jamais attendu cette nouvelle-là, mais je m’aperçois qu’on a réussi l’impossible avec un show », indique M. Labrie qui ajoute que s’il n’a pas organisé le Concert pour la vie dans l’objectif « de se sauver », il est très heureux de ce retournement de situation.

Long combat

C’est à l’âge de 42 ans, en 2007, que Marco Labrie reçoit un diagnostic de cancer du péritoine (ou carcinose péritonéale), membrane qui entoure l’abdomen et affecte le système digestif. Cette maladie neuroendocrine ne touche qu’une personne sur un million à travers le monde, en moyenne. Suivi par une équipe de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis le départ, il s’astreint à différents traitements qui, au fil des ans, lui ont permis d’apprendre à vivre avec la maladie et de prolonger sa vie.

Marco Labrie recevant son traitement des mains du docteur Jean-Mathieu Beauregard du CHU de Québec.

« Lors du diagnostic, il n’y avait aucun traitement officiel contre la maladie. On me donnait une piqure pour enlever des symptômes, puis les spécialistes se sont rendu compte qu’avec cela, les cellules cancéreuses grandissaient moins vite. Ils ont commencé à faire de la recherche là-dessus, mais après 7 ou 8 ans, le traitement a cessé de fonctionner. Ils m’ont alors proposé un nouveau médicament que je pouvais m’injecter moi-même. Les douleurs que j’avais à ce moment-là ont arrêté et j’ai pu faire une couple d’années de plus grâce à cela. »

Suivi par un médecin spécialiste de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal pendant de nombreuses années, son dossier a été transféré à un collègue qui arrivait d’Europe et pouvait apporter, lui disait-on, une expertise nouvelle. « Je continuais à m’injecter le même traitement que d’habitude, mais la maladie avait repris de l’ampleur et doublé à l’intérieur de moi. Cela fait que j’ai presque perdu un rein en août 2020 », précise-t-il en ajoutant que le rein atteint ne fonctionne qu’à 7 ou 8 pour cent de sa capacité. Le deuxième est pleinement fonctionnel, heureusement.

 

Disant ne pas se sentir bien en septembre – il apprend alors qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre –, il appelle le docteur Beauregard qui lui obtient un rendez-vous le 3 novembre, afin de commencer le nouveau traitement qui allait changer sa vie.

Spécialiste en médecine nucléaire, ce dernier et son associé, qui est spécialisé dans le domaine cellulaire, ont développé un traitement unique qui, une fois injecté dans le corps du patient, agit comme une tête chercheuse et se lance à l’assaut des métastases, se collant à celles-ci et empêchant leur développement.

Si celui-ci difficile pour le corps, surtout au début, Marco mentionne qu’après la troisième injection et même la quatrième qui a eu lieu le 4 mai dernier, la situation s’améliore puisque son système digestif s’y habitue et réapprend à travailler normalement. Il précise d’ailleurs que ce traitement est offert non seulement aux personnes ayant des tumeurs neuroendocrines de l’intestin comme lui, mais aussi à des patients souffrant de tumeurs au pancréas qui pourraient voir leur vie prolonger de quelques années.

Marco Labrie avec le docteur Jean-Mathieu Beauregard qui a reçu la première bourse de recherche issue de Concert pour la vie

Concert pour la vie

C’est en 2011 que Marco Labrie a mis en place un projet qui allait changer sa vie et celle de bien des gens atteints du cancer, soit Concert pour la vie. Après trois années à l’Impérial de Québec, le concert-bénéfice s’est déplacé vers le Capitole de Québec, où il n’est demeuré que deux ans. En 2016, l’événement s’installe au Cécile & Ramone et prend alors un nouvel élan avec le versement d’une première bourse de recherche de 15 000 $, en partenariat avec la Fondation du CHU de Québec.

« J’ai rencontré avec le docteur Stéphane Bolduc du CHU lorsque je donnais une conférence devant des infirmières spécialisées en oncologie. C’est à ce moment qu’un partenariat entre lui et moi est né et que nous avons donné notre première bourse. »

Pas moins de sept bourses ont été attribuées depuis ce temps. C’est le docteur Beauregard qui a remporté la première bourse, lui qui souhaitait mettre sur pied un projet de recherche sur les maladies neuroendocrines, dont souffre Marco. Cinq ans plus tard, les résultats sont plus que probants.

« De 2014 à 2016, le docteur Beauregard et son équipe avaient fait des tests sur des souris. Ils ont ensuite fait quelques essais sur des patients. Le gouvernement avait autorisé ces tests, mais c’est difficile de mener un projet de recherche à la pièce. Concert pour la vie a permis de mettre en place un projet de recherche officiel », précise Marco qui est d’avis que ce projet de recherche va assurément s’internationaliser du fait que l’équipe de recherche du docteur Beauregard est devenue la meilleure de sa discipline au Canada.

Soulignons qu’après avoir reçu 15 000 $ en 2016, le docteur Beauregard a pu décrocher de nombreuses subventions par la suite. Les résultats sont tels que le tous ces travaux devraient déboucher sur la création d’une nouvelle chaire de recherche au CHU de Québec, annonce qui sera confirmée au cours des prochains jours.

Marco en compagnie de Bruno Lachance, originaire de Saint-Nazaire et coactionnaire des Producitons Scène finale. (Photo gracieuseté – Stéphanie Turcotte)

Une vidéo sur Marco et Concert pour la vie

Pour souligner la bonne nouvelle et la prolongation de sa vie, un reportage vidéo portant sur Marco Labrie et Concert pour la vie a été réalisé Bruno Lachance des Productions Scène Finale, en collaboration avec la Fondation du CHU de Québec. La vidéo sera dévoilée lors de la conférence de presse visant à lancer les travaux de la nouvelle chaire de recherche, dont Concert devrait être le partenaire majeur, et il sera possible de la visionner par le biais du site web du Concert pour la vie.

Celle-ci présente des entrevues avec Marco et ses proches, ainsi que des images d’archives de l’événement, incluant le concert de 2016 lors duquel le docteur Beauregard a reçu sa bourse. On y dévoile aussi des images exclusives du nouveau traitement reçu par Marco au CHU de Québec.

« C’est une vidéo qui est très humaine et raconte bien mon histoire. Les commentaires des quelques rares personnes qui ont eu l’occasion de la voir sont unanimes en ce sens. Ça démontre que l’idée de fou que j’ai eue il y a 10 ans a marché et je souhaite que l’on puisse continuer à aider le plus de gens possible », insiste le Bellechassois d’origine.

« Personnellement, j’ai vécu cela de l’extérieur. Marco a toujours été proactif en fondant le Concert pour la vie, en écrivant son livre et en s’entraînant au quotidien. Il y là un élément de motivation qui fait qu’il avance au lieu de s’apitoyer sur son sort », mentionne Bruno Lachance qui a été maître de cérémonie de chaque édition du Concert pour la vie.

« Ça fait du bien et je suis en paix avec tout ce que j’ai fait depuis 10 ou 11 ans, surtout avec les bourses de recherche. Après avoir subi ma première opération dans le cadre d’un projet expérimental en 2008, j’avais fait la  promesse que si je demeurais en vie, j’allais donner au suivant et c’est qu’on fait avec Concert pour la vie. J’ai donné au suivant et j’ai même eu une extension, ce que je ne croyais pas possible. Je ne pensais jamais en bénéficier, même si ce n’était pas l’objectif de départ », de conclure Marco.

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Roger Mathieu
Roger Mathieu
15 jours

Bravo! Bravo Marco! Tu es mon idole!!! Continue de nous impressionner!

Mais on y lit la phrase ci-dessous. Je crois qu’il voulait dire 2010.
« Marco Labrie a appris, à l’automne 2020, qu’il n’avait que peu de temps à vivre. »