Un combat similaire dans les deux usines

Eric Gourde 
redaction@lavoixdusud.com

Un combat similaire dans les deux usines
Des employés d'Exceldor ont reçu la visite de ceux de chez Olymel de Vallée-Jonction mercredi dernier. (Photo : Éric Gourde)

CONFLITS.  Les employés d’Olymel de Vallée-Jonction ont rendu visite à leurs homologues de l’usine Exceldor de Saint-Anselme, le mercredi 2 juin dernier, souhaitant à la fois supporter les travailleurs et souligner la similitude des deux conflits.

Pour le président du syndicat des travailleurs d’Olymel, Martin Maurice, cette ressemblance dans les deux conflits est évidente. « C’est le même combat, car nos employeurs veulent baisser nos conditions de travail. Que ce soit dans le porc ou le poulet, il est temps que les entreprises arrêtent de venir en chercher. On est en 2021 et on mérite d’être payés en conséquence. »

Membre du syndicat des travailleurs de l’usine d’Exceldor, Sylvain Lachance, confirme lui aussi que le message est le même. « Les gens croient que ce ne sont que des revendications salariales et ce n’est pas que ça. Il y a les conditions de travail et le normatif, mais aussi ce qui se passe à l’intérieur de l’usine. C’est une première, puisque nos conflits arrivent simultanément. On est prêts à appuyer tout le monde. C’est certain que l’on va rendre la pareille à un moment donné, si les conflits s’éternisent. »

Un hasard

Le fait que des arrêts de travail surviennent dans deux usines de transformation alimentaire situées à proximité est possiblement un hasard, estime l’agroéconomiste Maurice Doyon, qui observe que l’industrie s’est consolidée au cours des dernières années, ce qui la rend plus fragile. « Même à cela, on voit encore que le Québec n’est pas un gros joueur. Nous sommes toujours à la poursuite d’être plus gros pour être plus rentable et efficace. Quand arrive un problème comme la Covid ou une grève, nous sommes très vulnérables. »

Directeur du département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation à l’Université Laval, M. Doyon remarque que les demandes salariales sont significatives, sans pour autant dire si ces demandes sont justifiées ou non. « Les joueurs en présence semblent faire de bonnes affaires et les employés voient très bien cette situation en indiquant avoir donné dans le passé et que c’est maintenant à leur tour de recevoir. »

Les hausses de salaire exigées par les deux syndicats rendraient-elles ces entreprises non compétitives ? Sur le sujet, Maurice Doyon se dit mal placé pour commenter. « Il faut comprendre que la rentabilité de ces usines se situe dans le taux d’utilisation des installations, ce que je connais peu et qu’il faudrait évaluer. Les travailleurs disent que la vie leur coûte plus cher et en plus, qu’ils ont un rattrapage à faire. Les conditions difficiles sont un argument légitime. Les abattoirs vont chercher des gens ailleurs au Québec et dans d’autres pays pour combler leurs effectifs, alors il y a un évident problème de main-d’œuvre. »

Maurice Doyon remarque toutefois que la pandémie a provoqué une inflation dans à peu près tout, les matériaux de construction, la nourriture, l’essence, et autres. Cette inflation est en voie de s’installer dans les demandes salariales. « On l’a vu avec la fonction publique, surtout avec certains métiers. On dirait que ça se généralise et ça m’inquiète. Le jour où l’inflation s’installe dans les salaires, ça devient difficile après. »

M. Doyon remarque aussi que la région est riche en emplois manufacturiers et dans le secteur tertiaire, raison pour laquelle les conflits ont un impact possiblement plus grand. « Les deux évoluent dans le même contexte. Il y a eu la Covid, des sacrifices dans le passé, une profitabilité accrue, il y a aussi eu une consolidation et lorsque cela se produit, le pouvoir des syndicats augmente. »

Selon lui, il y a des enjeux importants à court terme, mais rien pour mettre en danger l’une ou l’autre des filières. La situation d’Exceldor le fait sourciller davantage. « Le poulet étant sous gestion de l’offre, les producteurs ont été obligés d’abattre des poulets, alors que l’on sera obligé d’avoir des quotas supplémentaires pour pallier ce manque à gagner. C’est la pire situation. Des poulets auraient pu être consommés, ils n’iront pas sur le marché et on en fera venir d’ailleurs. Espérons que ça ne s’étire pas trop. »

Si une grève est déclenchée et qu’il y a une douzaine d’abattoirs qui peuvent combler le besoin, ce n’est pas le même contexte que si le centre de découpe est à peu près le seul et que ça risque d’affecter les restos St-Hubert, par exemple. Les employés sont dans une situation où ils peuvent négocier.

Sans prétendre avoir toute l’information pertinente, M. Doyon évalue que le conflit chez Olymel risque d’être le plus long des deux, car il est évident qu’un bras de fer semble s’instaurer entre les deux parties. « Chez Exceldor, à première vue, le rapport de force des employés semble supérieur à leurs collègues d’Olymel qui a plusieurs usines. L’usine de Saint-Anselme est très importante sur la capacité d’abattage de l’entreprise. Ça, c’est sans avoir toute l’information pertinente aux deux dossiers, naturellement. »

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires