Vente de Jobillico à Harris Computers: pas de géant pour une entreprise née dans Bellechasse

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Par Serge Lamontagne
Vente de Jobillico à Harris Computers: pas de géant pour une entreprise née dans Bellechasse
Nicolas Chabot et Serge Lavallée ont fondé Jobillico en 2010, entreprise qui a connu une croissance fulgurante au cours des dernières années et qui vient d'être vendue à Harris Computers, division de Constellation Software. (Photo : gracieuseté)

AFFAIRES. L’entreprise Harris Computers d’Ottawa, division du groupe Constellation Software qui lui est basé à Toronto, a fait l’acquisition au cours des derniers jours du site d’emplois québécois Jobillico basé à Québec, mais fondé en 2010 par deux entrepreneurs bellechassois, Serge Lavallée et Nicolas Chabot, tous deux originaires de Sainte-Claire.

La petite entreprise, qui a vu le jour grâce au soutien de nombreux petits investisseurs locaux ainsi que de proches et amis des deux promoteurs, a su se démarquer et devenir au fil des ans un leader dans son domaine au Canada.

Au moment de la vente, le 9 août dernier, Jobillico comptait plus de trois millions d’utilisateurs au Canada et employait 70 personnes. Jobillico devient ainsi la 626e entreprise membre de Constellation Software qui a des bureaux dans 150 pays et emploie plus de 15 000 personnes à travers le monde.

Invité à commenter cette importante transaction, dont les termes demeurent confidentiels, le président sortant et cofondateur de Jobillico, Serge Lavallée, souligne que lui et Nicolas Chabot avaient toujours eu pour objectif de monter l’entreprise et, possiblement, la vendre à un joueur plus important, dans l’objectif de la faire grandir davantage. L’occasion s’est présentée avec Harris, filiale de Constellation Software qui est la plus grande entreprise dans le monde du logiciel au Canada.

« Avec eux comme partenaires et les dizaines de milliers de clients dont ils disposent, ça ouvre de nouvelles portes pour Jobillico. C’était une occasion à ne pas manquer et on savait que ça arriverait un jour », mentionne-t-il en ajoutant que cette transaction est une nouvelle positive pour toutes les parties impliquées.

« On aurait pu continuer par nous-mêmes, car on avait mis en place un bon plan de croissance et que la pénurie de main-d’œuvre va se poursuivre jusqu’en 2040. L’occasion s’est présentée et cela permettra d’accélérer le développement de l’entreprise. Le timing est bon pour Jobillico qui, même à l’intérieur d’Harris et Constellation, va conserver son ADN, sa propre marque de commerce et sa structure actuelle. Tous nos employés, sauf trois que nous avons dû laisser aller, demeurent en place et sont intégrés chez Harris », poursuit le cofondateur.

Président de l’entreprise depuis le départ de son ami Nicolas Chabot il y a quatre ans, Serge Lavallée demeurera impliqué au sein de Jobillico à titre de consultant pour les trois prochains mois, le temps d’assurer une saine transition avec la nouvelle direction.

« Nicolas n’est plus avec nous depuis quatre ans, car il mène des projets personnels qu’il lancera sous peu. On se parle souvent et il est content du dénouement. Il est fier de ce que nous avons accompli au cours de toutes ces années. »

S’il ne sait pas encore ce que l’avenir lui réserve, Serge Lavallée rappelle qu’il est un entrepreneur à la base et qu’il ne se ferme aucune porte pour l’avenir. Celui qui demeure à Sainte-Marie depuis près de six ans entend profiter des prochains mois pour passer plus de temps auprès de sa famille et s’impliquer dans les affaires familiales.

« Ma conjointe Marie-Rose est associée de la ferme familiale. Je m’occupe de la terre à bois avec mon beau-père et l’érablière nous intéresse. J’ai travaillé sur la ferme de mes grands-parents maternels toute mon enfance, alors le travail sur une ferme ne m’est pas inconnu. Tout reste à définir. »

Message aux entrepreneurs

Serge Lavallée encourage les jeunes entrepreneurs qui souhaitent se lancer en affaires à persévérer, ajoutant que tout est possible et qu’ils en sont la preuve vivante. « Bien des gens ont essayé de nous décourager, mais on a tenu bon. N’ayez pas peur de foncer. Si vous croyez à votre projet et à votre produit, allez-y, vous serez surpris de voir ce que vous serez capables de réaliser. Nous étions deux petits gars de Sainte-Claire qui n’avaient pas un sou au départ et qui ne connaissaient rien dans le domaine de la technologie, des logiciels ou des ressources humaines. On s’est lancés là-dedans, car on savait qu’il y avait un potentiel. Il y a plein de sites d’emploi qui n’ont pas marché et ça aurait pu arriver à Jobillico, mais on a toujours su que notre modèle d’affaires était bon. »

La petite histoire de Jobillico

C’est le 15 juin 2010 que Jobillico a officiellement démarré ses activités, Serge Lavallée et Nicolas Chabot concrétisant un rêve qu’ils caressaient depuis quelques années. Les premières lignes du plan d’affaires ont été écrites en 2006 et en août 2009, les deux amis sont allés chercher leur premier financement, soit du love money qu’ils ont récolté auprès de proches et amis, des gens de Bellechasse qui leur ont fait confiance. Ils ont ouvert leur premier local à Québec en août 2009, embauché leurs premiers employés et mis en place la première version de leur plateforme qui a vu le jour en 2010.

« Nicolas et moi voulions nous lancer en affaires et on avait établi une liste de dix projets chacun. On s’est assis dans mon auto le 20 septembre 2006 et en discutant, on s’est aperçus qu’aucun d’entre eux n’était bon en réalité. Nicolas se demandait à quel niveau il pourrait y avoir un problème dans le futur et qu’on pourrait trouver une solution pour cela. Lorsque j’étais à l’université (UQAR – Campus de Lévis), j’avais lu un document portant sur la pénurie de main-d’œuvre qui devait se poursuivre jusqu’en 2030 et ça nous a allumés », précise-t-il.

« Il y avait des sites qui étaient facilitants pour les grandes entreprises, mais rien pour les plus petites. C’est là-dessus qu’on a bâti Jobillico. On voulait que ce soit accessible à toutes les PME du Québec et ensuite, on voyait plus grand et on voulait s’attaquer à l’ensemble du marché canadien, ce qu’on fait jusqu’à aujourd’hui », poursuit M. Lavallée qui ajoute que la recherche de financement a longtemps représenté un défi pour la jeune entreprise.

« Notre plus gros travail, en tant qu’entrepreneur, était de convaincre les gens que notre entreprise allait fonctionner, mais qu’il fallait nous donner le temps d’aller chercher nos premiers clients et d’intéresser les chercheurs d’emploi. C’est grâce à la confiance des investisseurs qu’on a réussi à faire cela, car on n’aurait jamais été capables d’avoir un emprunt à la hauteur de nos besoins dans les institutions financières à cette époque. »

« Le monde nous traitait un peu de fous. On a réussi à surpasser notre compétiteur Jobboom en 2015, qui était alors la propriété de Quebecor. On avait peu de moyens comparativement à eux, mais on avait la détermination et la volonté de réussir. Chaque mois, pendant près de 5 ans depuis 2010, on devait aller chercher du nouveau financement, mais on a réussi à survivre. Nous étions deux au départ, mais nous étions toujours bien entourés par notre personnel et les 49 petits actionnaires qui nous ont fait confiance », poursuit-il en ajoutant que 2015 a été un point tournant pour l’entreprise lorsque Desjardins et deux autres partenaires privés sont embarqués avec eux et ont investi 8 M$ dans leur entreprise.

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