Le passeport vaccinal: faire contre mauvaise fortune bon cœur

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Par Serge Lamontagne
Le passeport vaccinal: faire contre mauvaise fortune bon cœur
S'il dit comprendre la volonté du gouvernement Legault pour la vaccination, Patrice Guillemette du Casse-Croûte d'Amour de Saint-Raphaël voit dans la venue du passeport vaccinal un obstacle de plus pour le petits commerces comme le sien. (Photo : La Voix du Sud - Serge Lamontagne)

AFFAIRES. L’entrée en vigueur du passeport vaccinal, ce mercredi 1er septembre, inquiète assurément plusieurs commerçants et responsables d’événement qui voient en celui-ci un frein à leurs activités qui ont déjà beaucoup souffert au cours de la dernière année et demie.

C’est le cas notamment de Patrice Guillemette de Saint-Raphaël qui, le printemps dernier, faisait l’acquisition du défunt Casse-croûte Chez Dan où il a déménagé son populaire comptoir à déjeuner, situé au cœur du village, ainsi que le Casse-croûte d’Amour, opéré par sa conjointe.

« Selon moi, l’implantation du passeport vaccinal est plus appropriée en ville où c’est plus impersonnel et les gens se connaissent moins. Dans un village comme Saint-Raphaël, ce n’est pas nécessaire, car tout le monde se connaît. Mes clients, ce sont aussi mes amis. On se voit ici, mais également à l’épicerie et partout ailleurs », indique-t-il.

M. Guillemette dit comprendre la volonté du gouvernement de voir le plus de gens possibles être vaccinés, l’étant lui-même. Il ajoute qu’à ses yeux, l’application du passeport vaccinal dans des petits commerces en région ne tient pas la route, rappelant que les propriétaires ne sont pas là pour jouer à la police, mais pour servir les gens.

« Est-ce que nos petites employées de fin de semaine qui ont entre 12 et 16 ans devront jouer la police elles aussi ? On est dans une petite place, alors c’est certain qu’on risque de se faire haïr de plusieurs. C’est le cas ici, mais je pense aussi à l’Amicale à Saint-Lazare ou même au Normandin à Saint-Anselme. On a établi le registre, c’était ok puisque ce n’était qu’un nom et un numéro de téléphone, mais là on a peu de temps pour se préparer pour cette application, ça va venir vite », mentionnait-il lors de la visite du journal il y a quelques jours.

Lors d’un entretien téléphonique dimanche après-midi, M. Guillemette disait avoir discuté avec plusieurs de ses clients qui, mentionne-t-il, disent comprendre la situation.

« J’en ai quelques-uns qui ne sont pas vaccinés et ils savent qu’ils ne pourront plus venir ici après le 1er septembre. On ne savait pas trop si on devait fermer ou pas, mais on a décidé de garder la salle à manger ouverte en pensant à la très grande majorité de nos clients qui sont doublement vaccinés », précisait-il en ajoutant que pour ceux qui sont des réguliers, il demanderait la preuve de vaccination une fois et qu’après cela, ça serait suffisant pour eux.

« Je ne vais pas leur demander leur preuve de vaccination à chaque fois, ce serait inutile », assure-t-il en disant espérer que ceux qui ne pourront pas entrer ne lui en tiendront pas rigueur.

Il ajoute qu’à ses yeux, le passeport vaccinal présente certaines incohérences qu’il s’explique difficilement. « Si j’ai une employée qui n’est pas vaccinée, elle pourra travailler ici, mais ne pas y manger. C’est un peu paradoxal », poursuit-il.

Année difficile

M. Guillemette souligne par ailleurs qu’il n’a pas reçu d’aide gouvernementale, même s’il l’a demandée au départ, car les conditions requises étaient trop nombreuses et complexes.

« L’aide gouvernementale, je l’ai demandée, mais c’était trop compliqué, d’autant plus que j’ai acheté le restaurant le jour où ils ont annoncé la fermeture des commerces. J’avais déjà prévu fermer un mois pour les travaux, c’était prévu dans le budget. J’ai survécu à la crise, j’ai fait tout ce qu’ils m’ont demandé et je n’ai pris qu’un mois de PCU, car j’en avais besoin. Un mois, c’était suffisant pour moi. »

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