ACÉUM: les Conservateurs fédéraux en tournée
POLITIQUE. Alors que l’examen de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM) s’amorcera prochainement, les discussions en coulisses se poursuivent de chaque côté de la frontière afin de permettre la signature d’un nouvel accord qui satisfera toutes les parties.
À cet effet, les Conservateurs fédéraux, à la demande de leur chef Pierre Poilièvre, lançaient cette semaine une série de consultations à travers le pays afin de recueillir les préoccupations et les priorités des entreprises qui dépendent d’un accès stable et prévisible aux marchés nord-américains.
Le Québec est inclus dans cette tournée économique qui est menée par le Lieutenant politique du Québec pour le PCC, Pierre Paul-Hus, accompagné du député de Beauce, Jason Groleau. Ceux-ci ont amorcé leur tournée en Beauce mercredi matin avant de se rendre à Lévis, en après-midi, où ils étaient accompagnés du député Jacques Gourde.
Ministre du cabinet fantôme conservateur responsable du commerce canado-américain, la députée ontarienne Shelby Kramp-Neuman était également de cette tournée qui passait ensuite par La Pocatière, Québec et Saguenay, avant de se diriger vers la région de Montréal.
Invité à commenter les discussions qu’ils ont eues avec les entreprises de la Beauce, de Lévis et de Bellechasse-Etchemins dans le cadre des tables rondes et rencontres tenues à Saint-Georges et Lévis, Pierre Paul-Hus a rappelé qu’il y avait encore beaucoup d’inquiétudes du côté canadien et que cet exercice arrivait à point.
« Le but est de rencontrer des entreprises de différents niveaux, certaines avec 2 000 à 3 000 employés, d’autres de 30 employés ou moins, pour voir avec elles ce qui se passerait si Trump décidait de mettre la hache dans l’ACÉUM et ce qui fonctionne bien et moins bien dans cet accord-là », indiquait Pierre Paul-Hus en ajoutant que les renseignements et avis récoltés visent à aider le gouvernement dans ses démarches auprès de Washington.
« Ma collègue (Shelby Kramp-Neuman) était avec Dominique Leblanc mardi à Washington. On a donc des interactions avec les Américains, ce qui est positif, » mentionnait-il tout en reconnaissant que, si Donald Trump et les membres de son entourage immédiat étaient agressifs, les discussions avec autres paliers du gouvernement fédéral étaient plus respectueuses et positives.
Incertitudes et prévisibilité
L’incertitude et le manque de prévisibilité, dans le contexte économique actuel, sont deux éléments qui sont ressortis des discussions avec les entrepreneurs en Beauce et à Lévis, indiquent les deux députés.
« C’est ce qu’il y a de plus difficile pour nos entreprises. C’était unanime dans les discussions que nous avons eues avec elles », de dire Jason Groleau en rappelant qu’en moment d’incertitude, les entreprises investissent moins, que ce soit en matière d’innovation, dans l’amélioration de leurs infrastructures ou autres.
« On assiste à une fuite des investissements au Canada actuellement. Nous sommes tous d’accord pour reconduire l’ACÉUM, on comprend cela et son importance, mais les gens parlent beaucoup de l’incertitude économique, comment ça va se passer, comment ces négociations vont se terminer et quel genre d’entente on pourra avoir, car ça met une pression sur nos entreprises. »
Réciprocité et gestion de l’offre
Dans le dossier de l’agriculture et de la volonté des Américains d’éliminer la gestion de l’offre, MM. Paul-Hus et Groleau ont rappelé que la protection de la gestion de l’offre demeurait une priorité, leur parti ayant même appuyé une motion du Bloc Québécois à cet effet. Ils ajoutent que le concept de réciprocité a d’ailleurs été évoqué lors de discussions avec les Producteurs de porc, en Beauce, et l’UPA du côté de Lévis.
« Il faut s’assurer que les produits qui arrivent des États-Unis ou d’ailleurs dans le monde respectent nos normes qui sont strictes en matière d’agriculture et d’agroalimentaire. On s’attend à ce que l’Agence d’inspection des aliments et les douaniers canadiens regardent cela, ce qui n’est pas toujours le cas, selon nous. On s’aperçoit que beaucoup d’aliments sont acheminés ici sans vérification », soutient M. Paul-Hus.
« Il semble y avoir un manque de rigueur au niveau sanitaire, ajoute Jason Groleau. Le contrôle de qualité n’est pas le même partout et c’est au gouvernement du Canada de s’assurer d’avoir les bonnes normes pour avoir une bonne réciprocité de produits entre les pays. »
Tarifs et travailleurs étrangers
Le dossier des tarifs imposés par le gouvernement Trump a également fait partie des discussions lors des rencontres de Saint-Georges et Lévis, les deux députés relayant l’information selon laquelle ceux-ci font, bien sûr, mal à bien mal des entreprises d’ici et visent à miner notre économie. Il en va de même pour la question des travailleurs étrangers temporaires, autre dossier qui s’ajoute au fardeau des entreprises, confirme Jason Groleau.
« Ces travailleurs représentent un besoin essentiel pour des entreprises dans une région où le taux de chômage est de 2,5 %. C’est clair qu’il y a un criant besoin de main-d’œuvre et notre position est la même depuis le début, soit de reconduire le statut de tous nos travailleurs étrangers pour au moins cinq ans dans toutes les régions où le taux de chômage est inférieur à 5,5 %. On est là-dedans et on invite le gouvernement libéral à suivre nos recommandations », ont dit les deux députés.
Demeurer positifs
Plusieurs options sont sur la table pour la reconduite de l’ACÉUM. Pierre Paul-Hus souligne que celui-ci peut être reconduit à long terme, comme le suggère le Canada, ou pour un an. Il se pourrait aussi qu’un pays décide de se retirer complètement. « Il y a plein d’options sur la table, mais on sent qu’il y a quand même de l’avancement, comme nous le disait notre collègue Shelby, qui fait partie de l’équipe de négociations. Il y a certains espoirs que le message des gens d’ici se rende, mais ça peut changer vite. »
« Ce qu’on voit actuellement et ce que notre collègue Shelby nous disait en revenant de Washington, c’est qu’il y a eu plein de changements depuis deux semaines, que c’est beaucoup plus positif au niveau des relations de l’ACÉUM, même si ça ne bouge pas au niveau des tarifs. J’entendais l’ambassadeur américain dire la même chose, que ça s’en venait positif, alors on croise les doigts. On souhaite que ça se règle de façon positive, mais on demeure aux aguets, notamment pour la gestion de l’offre », poursuit Pierre Paul-Hus en mentionnant que dans l’ensemble, les Américains voient que c’est à leur avantage de demeurer dans l’ACÉUM et que toutes ces négociations « devraient se terminer de la bonne façon. »
Conserver le marché américain
Quant à la volonté de Mark Carney de développer de nouvelles ententes à l’international pour montrer que le Canada ne doit pas être entièrement dépendant de l’économie américaine, les deux députés se sont dits favorables à la volonté du Canada de développer de nouveaux marchés, que toutes les entreprises et tous les pays du monde souhaitent faire cela, mais rappellent que les États-Unis seront toujours nos voisins, qu’ils demeureront toujours notre principal partenaire économique et qu’il faudra s’entendre avec eux.
