Armée de Marie : des aveux déchirants, mais nécessaires

RELIGION. L’Armée de Marie, basée à Lac-Etchemin, n’est pas épargnée et est, à son tour, éclaboussée par des allégations d’abus sexuels. C’est ce que rapportait Le Journal de Québec dans son édition de jeudi.

L’histoire a d’abord été mise au grand jour par le leader spirituel du groupe, Marc Bosquart, qui faisait état « d’actes de pédophilie » commis à l’endroit « d’enfants ou d’adolescents » dans une lettre publiée dans l’édition mai-juin du journal Le Royaume, destiné aux fidèles de la Communauté de la Dame de tous les peuples et de ses œuvres, dont l’Armée de Marie.

Dans cette missive troublante de six pages, le Bosquart indique que les abus sexuels ont été commis par deux pères, aujourd’hui décédés, tout en prenant même la peine de les nommer. Les représentants du groupe religieux auraient indiqué au Bureau d’enquête de Québecor que les deux hommes auraient fait « des dizaines » de victimes, événements qui se seraient produits entre 1975 et 1996 à différents endroits au Québec ainsi qu’à Rome, en Italie.

« Les faits se sont produits voilà 20, 30 ou 40 ans, de sorte que certaines victimes sont aujourd’hui pères ou grands-pères. Ils ont eu lieu en différents endroits au Québec et d’ailleurs », écrivait M. Bosquart dans sa missive tout en demandant pardon aux victimes « pour tout le mal qu’elles ont eu à subir de la part de certains prêtres ».

Une réaction à prévoir

Dans les heures qui ont suivi la publication des textes du Journal de Québec, les commentaires fusaient de toutes parts autant à Lac-Etchemin et dans les alentours que sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. Des réactions qui étaient à prévoir, ont confirmé trois porte-parole de la Communauté, soit le père Yvan Laprise, son frère Serge, ainsi que Laurent Paquette, nouveau membre du Bureau d’information de l’œuvre.

Ceux-ci ont confirmé que la décision de divulguer ces renseignements sensibles découlait de plusieurs discussions émanant du Conseil des œuvres, formé en 2022 et comprenant six représentants, piloté par le père Yvan Laprise et dont Marc Bosquart, auteur de la lettre, fait également partie.

« On a commencé à faire la lumière sur des événements qui traînaient depuis des années et l’automne dernier, un événement nous a obligés à traiter le dossier des abus sexuels. Les gens étaient rendus là et on a décidé de clarifier toute cette situation. Nous avons mis en place un protocole visant à soutenir les victimes tout en protégeant nos membres. C’est après cela que le conseil a décidé d’écrire cet article et Marc Bosquart a pris la plume pour le faire. Il s’est investi dans ce projet et a même corrigé le texte à trois reprises. Ce n’était pas une mince tâche, car le sujet est très délicat », ont-ils indiqué.

Leur frère ciblé

Serge et Yvan Laprise disent avoir décidé de rendre publique toute la question des abus sexuels même si leur frère, le défunt père Denis Laprise, était l’un des deux prédateurs majeurs identifiés. L’autre était le père Lionel Bélanger. Les deux hommes sont décédés en 2009 et 2014.

« Nous ne sommes pas là pour défendre notre frère pour ce qu’il a fait. On l’estime encore beaucoup, car il n’a pas fait que du mal, il a fait beaucoup de bien également. Nous sommes ici pour défendre l’œuvre. Il y avait deux prêtres visés par ces abus, mais notre frère était l’acteur principal », indiquent les deux hommes en ajoutant que le père Denis Laprise, bien au fait de ses problèmes, avait confessé le tout à la fondatrice de l’œuvre, Marie-Paule Giguère, qui l’avait retiré de ses fonctions à Rome, où il était à ce moment, et avait tout fait pour l’aider à se réhabiliter.

« Toutes ces années, on n’a jamais été mis au fait de ce qui s’était vraiment passé. On pense, sans avoir la preuve sûre à 100 %, que les abus se seraient déroulés entre 1976 et 1995. Est-ce qu’il y a autre chose après, on ne sait pas », mentionnent également les frères Laprise en disant le pas savoir s’il s’est passé d’autres événements du genre après cette date.

Nombreuses victimes

Les victimes étaient, pour la plupart, de jeunes garçons, des adolescents et même des séminaristes. Il n’y a jamais eu de plaintes et la SQ a confirmé cela, indiquent les porte-parole de l’œuvre.

« On ne peut pas nier que ça ne s’est pas produit, au contraire, et on doit vivre avec les séquelles de ces situations, poursuit le père Laprise en rappelant que l’Armée de Marie met l’accent sur la réhabilitation des gens et sur le pardon, ce que Marc Bosquart a fait dans son écrit en s’adressant aux personnes qui ont pu être atteintes ou heurtées par ces gestes.

« On ne sait pas combien il y a eu de victimes, assurément plusieurs dizaines, de dire Serge Laprise. Nous en avons rencontré plusieurs, certains qui sont des religieux aujourd’hui, d’autres non. Ces gens sont dans une attitude de pardon et d’abandon, pas de vengeance. Tu ne peux pas oublier, mais peu importe qui elles sont, nous sommes prêts à les aider », poursuivent les deux hommes qui sont aussi d’avis que ce ne sont pas toutes les victimes qui ont pardonné, certaines blessures étant toujours présentes.

« On va les aider du mieux qu’on peut. On est conscients que des poursuites sont possibles, comme pour d’autres communautés religieuses vivant des situations similaires. Les appels se sont succédé depuis la publication de l’article par le Journal de Québec. Ce n’est pas quelque chose qui est agréable à vivre, il n’y a rien d’amusant là-dedans », insistent-ils en rappelant leur volonté, via cet exercice, de répondre aux questions de la façon la plus transparente et réaliste possible.

« On ne peut pas revenir en arrière, il faut vivre avec la situation actuelle. Cela nous donne la possibilité de nous améliorer et de mettre en place des mesures pour que de tels événements ne se reproduisent plus dans le futur. Je suis nouveau dans la communauté et j’admire mes collègues pour ce qu’ils font et ce qu’ils vivent, surtout que c’est l’un de leurs frères qui est au cœur de cela », de conclure Laurent Paquette.