Christine Fréchette veut un 3e lien à l’Est, pas au centre
POLITIQUE. Candidate à la chefferie de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette a annoncé que si elle était élue à la tête de son parti, et par conséquent devenait nouvelle Première ministre du Québec le 12 avril, elle ne donnerait pas suite au tracé central du 3e lien, tel que préconisé actuellement par son gouvernement, afin de le remplacer par un lien plus à l’Est, en partenariat avec le secteur privé.
Flanquée du député François Bonnardel et de la ministre Martine Biron, elle a annoncé, mardi matin, un plan en trois phases permettant selon elle « de réduire d’améliorer rapidement la fluidité du réseau tout en planifiant les infrastructures de demain. »
La phase 1 prévoit la continuation du réaménagement de la tête des ponts du côté nord (Québec), l’élargissement de l’autoroute 20 à Lévis afin d’ajouter une troisième voie dans les deux directions sur plus de 6 km supplémentaires, au-delà des 3,7 km déjà prévus, le remplacement et l’abaissement du tablier du pont de Québec afin de permettre à nouveau la circulation des camions sur l’infrastructure, la construction d’un pont à étagement à l’intersection de l’autoroute Robert-Bourassa et du boulevard Lebourgneuf, ainsi que le lancement d’un appel de propositions pour un nouveau lien interrives à l’est, en partenariat public-privé avec une participation conjointe du gouvernement fédéral.
La deuxième phase de son plan vise le réaménagement de la tête des ponts du côté sud (Lévis) afin de reconstruire les structures en fin de vie et de renforcer la sécurité, ainsi que l’ajout d’une septième voie sur le pont Pierre-Laporte « afin d’optimiser, à moindre coût, l’infrastructure existante et de permettre d’adapter la circulation selon les besoins réels aux heures de pointe. »
La construction d’un nouveau lien interrives, en partenariat public-privé, suivrait la concrétisation de ces deux phases et devrait se faire à l’est comme demandé, selon elle, par les différents partenaires du milieu, ajoutant que le tracé central ne faisait pas l’unanimité et n’avait pas sa raison d’être, pour cette raison notamment.
Stéphanie Lachance : éviter les retards
Invitée à commenter cette sortie de Mme Fréchette, la députée de Bellechasse, Stéphanie Lachance, dit être d’office favorable à l’idée d’un partenariat public-privé pour un troisième lien à l’Est, avec certains bémols, cependant.
« Il est essentiel et je le répète une fois de plus, que ce projet progresse rapidement, qu’il n’y ait plus de retards à n’en plus finir. Depuis sept ans, le gouvernement a produit plein d’analyses et d’études et je m’attends à ce qu’on a fait permette d’apprécier les offres des consortiums. Que le tracé central soit d’office rejeté, peut-être, s’il n’est pas conforme. Néanmoins, je m’attends à ce qu’on ait une vision globale du projet », a-t-elle indiqué d’emblée.
En ce qui a trait aux mesures proposées pour augmenter la fluidité, il faut que ce soit réalisable à court terme et sans entraves majeures pour la population, mentionne-t-elle en ajoutant que d’abaisser le tablier du Pont de Québec, pour permettre le passage des camions, n’est pas une idée nouvelle.
« Je ne suis pas ingénieure, mais je sais que le MTQ avait déjà, dans ses cartons, de réparer le tablier du pont. Cependant, le projet présenté dans les derniers mois avait été rejeté par le fédéral, car trop lourd. Son remplacement est nécessaire, mais son abaissement, je me permets d’en douter », poursuit-elle en rappelant que le temps pressait dans ce dossier.
Si elle se dit (une fois de plus) favorable au concept de partenariat public-privé, au déplacement de l’infrastructure à l’Est et à la volonté de Mme Fréchette de lancer des appels de propositions rapidement, elle rappelle également que certaines des mesures à court terme présentées par Mme Fréchette sont déjà en voie de réalisation comme l’élargissement de l’autoroute 20 et le réaménagement de la tête des ponts au nord, ou encore le réaménagement de la tête des ponts au sud, certains travaux de préparation ayant déjà eu lieu sur Guillaume-Couture.
« Pour moi, le lien interrives doit être prioritaire, considérant les 160 000 véhicules qui traversent chaque jour sur deux ponts désuets, dont un seul qui convient à nos marchandises, et je ne suis pas convaincue de l’abaissement du tablier du pont de Québec, car son remplacement était déjà prévu. Je ne demande qu’à être convaincue », affirme-t-elle également.
Réactions de Bernard Drainville
Député de Lévis et autre candidat à la direction de la CAQ, Bernard Drainville a mentionné que le plan Fréchette risquait plutôt de conduire à l’abandon du projet de troisième lien interrives.
« Christine propose de tuer le troisième lien en mettant des conditions impossibles. Moi, je propose sa réalisation. Aujourd’hui, Christine a enfin clarifié sa position, ce qui est bon pour notre débat. Malheureusement, ce qu’elle propose, c’est la fin du troisième lien. Trois fois plutôt qu’une », est-il écrit dans un article du Journal de Lévis.
Le député de Lévis a ajouté que les trois caractéristiques principales du projet proposé par Christine Fréchette, soit qu’il soit réalisé en partenariat public-privé, qu’Ottawa participe financièrement au projet et qu’il ne soit pas coûteux, n’inciteront pas à ce que le nouveau lien interrives sorte de terre.
Du même souffle, l’élu lévisien a de nouveau livré un plaidoyer en faveur du dernier projet de troisième lien interrives défendu par la CAQ, soit celui du corridor chemin des Îles/boulevard Pierre-Bertrand/autoroute Robert-Bourassa.
« Avec le projet actuel, nous sommes à deux doigts de commencer le processus pour trouver un consortium pour mener les travaux. Le chantier doit enfin commencer dans deux ans. Le tracé à l’Est suppose un projet monumental par sa longueur et aussi par sa hauteur. Il est aussi moins porteur en termes d’achalandage et n’a aucun potentiel pour le transport collectif. Nous avons déjà tout misé sur un projet monumental dans le premier mandat, avec le plus gros tunnel au monde. Veut-on vraiment recommencer ? Nous avons un projet qui est prêt à démarrer, je ne peux pas me résigner à ce que nous reculions encore », a argué M. Drainville qui soutient que les nombreux changements de cap, dans le dossier du 3e lien, est ce qui a fait mal à la CAQ et que la proposition de Christine Fréchette représente un autre recul en faisant reporter le projet aux calendes grecques.
Alain Vallières : pas de vision à long terme
Directeur général de Développement économique Bellechasse et président de la Coalition de l’Est pour un lien interrives, Alain Vallières a dans un premier temps salué l’écoute qu’a eue Mme Fréchette envers les régions, « car elle a entendu les besoins des entreprises et ce que le milieu réclamait », mais du même souffle, beaucoup de questions demeurent, précise-t-il.
« Dans un premier temps, on ne nous a pas donné d’échéancier. Deuxièmement, on nous présente des solutions à court terme », mentionne-t-il en ajoutant que s’il était favorable aux principes de PPP et de péage, il s’interroge sur l’idée de rabaisser le tablier du Pont de Québec et d’ajouter une 7e voie sur le Pont Pierre-Laporte qui sont de « fausses bonnes idées », selon lui.
« On parle depuis longtemps de refaire le tablier du Pont de Québec, mais pas de le rabaisser. Si tu l’abaisses, tu devras abaisser aussi toutes les routes qui sont autour et mènent à celui-ci. C’est pour cela que ça a été rejeté par Jonatan Julien il y a quelques mois. Quant à la 7e voie, si ça avait été si prolifique, cela fait longtemps que ça aurait été fait », a-t-il indiqué en rappelant la vétusté du Pont Laporte et les suspentes qui doivent être remplacées, ajoutant que celui-ci avait atteint son point d’usage maximum quotidien depuis 1989.
« Tu auras beau ajouter une 7e voie ou abaisser le tablier du Pont de Québec, ça n’enlève pas la vétusté des deux ponts et ça ne règle pas le problème. On met en place des solutions à court terme, mais quand aurons-nous, au gouvernement, des élus qui auront une vision d’avenir et dans sa globalité du transport et de la mobilité ? L’état des ponts et leur vétusté sont cités dans des rapports du MTQ, il est grand temps de planifier pour dans 10 ou 15 ans. Il faut que ce soit à l’Est, pour créer u n circuit périphérique. »
