Menacée d’éviction, Geneviève Émery ne baisse pas les bras
SAINT-PHILÉMON. Menacée d’éviction de la maison qu’elle loue de la Municipalité de Saint-Philémon depuis trois ans et demi, Gabrielle Émery conteste l’avis d’éviction qu’elle a reçu le 12 décembre dernier et qui, selon elle, contrevient à une clause du Tribunal administratif du logement qui, pour la période allant de 2024 et 2027, interdit toute éviction de locataire pour un changement d’affectation de logement.
La remise de cet avis d’éviction, qui avait fait la manchette pendant la période des Fêtes, était à l’agenda du conseil municipal du 12 janvier, rencontre qui réunissait une vingtaine de personnes.
Pour un, le maire Daniel Pouliot a confirmé que le processus d’éviction de la locataire était maintenu, après discussion en séance de travail, mais que des démarches seraient entreprises rapidement afin de rencontrer la locataire et trouver des pistes de solutions avec cette dernière.
M. Pouliot a reconnu que des problèmes de communication avaient mené à cet imbroglio, disant avoir essayé, en vain, d’entrer en contact avec elle avant l’acheminement de l’avis d’éviction par huissier.
Toujours selon le maire Pouliot, la municipalité avait décidé d’acheminer cet avis d’éviction du fait qu’elle avait eu un problème similaire dans le passé avec la résidence voisine du complexe municipal, qui a depuis été déménagée sur la rue Tanguay.
À cet égard et en considérant des demandes venant à la fois de la station de ski que du Parc Massif du Sud qui, dès janvier 2025, disaient souhaiter l’aménagement de nouveaux logements dans la localité pouvant accueillir autant les visiteurs que leurs futurs employés, la Municipalité a fait de ce dossier une priorité dès le printemps 2025, ce qui allait avoir un impact sur la résidence habitée par la famille de Mme Émery, voisine de l’ancienne épicerie, les deux bâtiments et le terrain attenant appartenant à la Municipalité.
À cet égard, un premier promoteur s’est manifesté, en mai dernier, pour l’aménagement d’un bloc de 12 logements et l’endroit ciblé à ce moment était celui de l’ancienne épicerie. Puis sont arrivés, en octobre, des promoteurs qui souhaitent acheter l’église.
« C’était une bonne nouvelle pour nous puisqu’ils parlaient de construire des blocs à appartements sur le terrain de l’église, en plus d’aménager des condos touristiques dans l’église. On espère que tout sera réglé en février au niveau de l’archevêché et que nous pourrons ensuite rencontrer les promoteurs pour voir s’ils souhaitent toujours réaliser leur projet », a précisé le maire en rappelant qu’en raison de la mauvaise expérience avec le complexe municipal, le conseil municipal avait décidé d’aller de l’avant avec l’avis d’éviction « en fonction de projets futurs. »
Devant les nombreuses questions des citoyens qui ont rappelé le caractère patrimonial de la résidence et demandé s’il n’y avait pas moyen de relocaliser Mme Émery et sa famille, M. Pouliot s’est contenté de dire que c’était la raison pour laquelle le conseil souhaitait rencontrer cette dernière. « On va discuter de relocalisation avec notre locataire et voir ce qui est possible, c’est important de se parler », s’est-il évertué à dire.
Manque de sensibilité
Originaire de Joliette, dans Lanaudière, Mme Émery est arrivée à Saint-Philémon il y a trois ans et demi avec ses trois filles par le biais d’un des concours organisés par la municipalité visant à attirer de nouvelles familles avec de jeunes enfants d’âge scolaire, moyennant un loyer modique, pour ainsi sauver l’école des Échos-de-la-Forêt de la fermeture. Il lui en coûte 500 $ par mois pour louer cette résidence.
Autant lors de la séance du 12 janvier que lors d’une rencontre en privé avec le journal, elle a déploré la façon de faire et le manque de sensibilité de la Municipalité à leur égard.
« Ils auraient pu m’envoyer un courriel en me disant qu’ils souhaitaient me rencontrer au sujet de la maison », indique-t-elle.
Tout de suite après la rencontre du conseil municipal du 12 janvier, Mme Émery dit avoir acheminé une demande de rencontre avec la directrice générale de la Municipalité, Julie St-Laurent.
« J’ai été conseillère pendant six mois et j’ai eu une mini-formation. J’y ai appris que les conseillers municipaux ne pouvaient pas entrer en contact directement avec les gens, que c’était du ressort de la direction générale », a-t-elle insisté.
En mentionnant que les inscriptions pour la prochaine année scolaire arrivaient à grands pas, ce qui ajoute une couche de stress à sa situation, elle rappelle que le fait d’avoir accès à une maison à prix abordable était ce qui l’avait attiré vers Saint-Philémon, lorsqu’elle s’est inscrite. L’avis d’éviction a ébranlé sa confiance, ainsi que celle de ses filles, envers la Municipalité de Saint-Philémon, localité qu’elle dit toutefois beaucoup apprécier.
« Comme je suis une fille de foi, j’ai décidé de me retrousser les manches, que j’allais certainement trouver une solution. Je vais voir ce qu’ils vont m’offrir, sans savoir ce que ce sera et sans savoir s’il y aura un projet ou non. La confiance est ébranlée et c’est un stress inutile pour chacune d’entre nous. Il y avait une maison à louer qui était en rénovation, je suis allée la visiter, mais ça ne convenait pas, car trop petit. J’ai confiance qu’il y aura quelque chose de mieux pour moi dans le tournant », précise-t-elle en disant avoir arrêté ses recherches pour le moment.
« Je vais attendre et voir ce qu’ils me proposent. Ce qui est certain, c’est que j’entends demeurer dans le secteur, que ce soit à Saint-Philémon ou vers Saint-Damien, pour ne pas déraciner les enfants et leur assurer une certaine stabilité. Si la municipalité me relocalise, ce sera pour combien de temps et combien de fois ? Ça va prendre des garanties », dit-elle en terminant.
