Biais et Politique: réfléchir davantage pour mieux décider
POLITIQUE. Originaire de Sainte-Claire et ancien candidat pour le Parti Québécois, dans Bellechasse, à l’élection de 2018, Benoit Béchard a fait de la recherche son champ d’expertise, notamment dans le domaine politique qui continue à l’intéresser.
Maintenant résident de Québec, le Bellechassois vient de publier, aux Presses de l’Université du Québec, un livre intitulé Biais et Politique – Pourquoi les élus ne décident pas mieux que vous et moi, un ouvrage qui s’intéresse aux mécanismes psychologiques du processus de décision chez les élus, qu’ils œuvrent aux niveaux municipal, provincial ou fédéral.
« Après la politique, j’ai complété un doctorat en psychologie de la décision que j’avais déjà amorcé à ce moment. Je m’intéresse, dans mes recherches, à l’aspect cognitif du processus de décision, ou comment nous traitons l’information en tant qu’être humain. J’applique cela à divers cas d’usage et dans ce cas-ci, c’est la politique », souligne-t-il en précisant qu’une partie de ses réflexions est aussi issue de son expérience personnelle, lui qui a œuvré en politique pendant une dizaine d’années, sinon davantage.
« C’est un livre de vulgarisation scientifique, à la base. Ce sont mes travaux de recherche que je mets dans cet ouvrage et que je vulgarise, pour que les gens comprennent ce que je fais », poursuit-il en rappelant que les politiciens, lorsque vient le temps de prendre des décisions, peuvent souvent être débordés devant la complexité des dossiers. Ce faisant, ils vont chercher à prendre des décisions rapides sans mesurer l’impact de ces décisions.
« Ils n’y pensent pas toujours et prennent des décisions rapides et de fortune pour essayer de régler les problèmes qu’ils voient arriver, comme un pompier. Et en faisant cela, on oublie le dossier dans son ensemble. Il est donc important, pour un élu ou un décideur, de développer sa capacité à penser aux conséquences (de leurs décisions). »
Il rappelle qu’il est impossible de penser à tout en politique, domaine où il y a beaucoup de pression temporelle et d’enjeux de haut niveau qui auront un impact sur la population.
« Dans le domaine des changements climatiques, par exemple, il y a tellement de variantes qui entrent là-dedans que le politicien élu, que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral, va focaliser sur une partie de l’information pour prendre des décisions et agir, pas sur l’ensemble de l’information. Il faut parfois simplifier les choses, mais les chances de commettre des erreurs importantes vont augmenter sensiblement. »
Des exemples concrets
Benoit Béchard souligne que son livre est basé sur des cas de politique provinciale comme l’échec de Northvolt ou la réfection de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal, des dossiers typiques de mauvaises décisions ou de non-prise de décisions, car ne pas décider, c’est prendre une décision quand même, rappelle-t-il.
« Quand on pense aux tarifs de Donald Trump, par exemple, c’est un autre exemple d’enjeu complexe qui nous dépasse. On sait déjà que ceux-ci ont des conséquences sur les entreprises québécoises qui exportent aux États-Unis, mais ça va aussi affecter les entreprises qui sont dans le circuit de livraison et de distribution de ces entreprises. Plus le temps passe, ce sont les entreprises qui sont loin qui seront les plus touchées, pas nécessairement celles au premier niveau », soutient-il en rappelant que devant des cas complexes, l’élu ne voit pas toujours les conséquences de ses décisions.
« C’est le cœur de mon livre qui s’adresse autant aux citoyens qu’aux politiciens eux-mêmes », indique l’auteur dont la préface du livre a été signée par l’ancien animateur Jean-Luc Mongrain.
« Dans son texte, il rappelle que les nombreux politiciens qu’il a interviewés dans le passé étaient souvent dépassés par les événements. Plein de facteurs font que c’est complexe : l’appareil gouvernemental, la place des fonctionnaires et hauts fonctionnaires, les groupes d’intérêt, les autres partis politiques, la population elle-même et les sondages d’opinion, sans oublier le PIB et les indicateurs économiques. Tout cela entre dans la gestion des grands enjeux de société et ça fait en sorte que nous devenons rapidement dépassés. Ce faisant, on souhaite simplifier le processus et on focalise sur une bribe d’information pour prendre une décision. De là découlent des erreurs. »
