Trajet de 40 ans vers l’autonomie énergétique
LAC-ETCHEMIN. Passionné par les énergies renouvelables, Robert Nadeau sortait des sentiers battus il y a 40 ans en construisant, avec sa conjointe Louise Turmel, une résidence écoénergétique qui était unique en son genre à l’époque, sur la route du Golf à Lac-Etchemin.
La « maison enfouie », comme plusieurs l’appellent encore aujourd’hui, a su passer les épreuves du temps, le couple s’approchant de plus de son objectif ultime, soit celui d’être le moins dépendant possible de l’hydroélectricité et d’être autosuffisants en matière d’énergie, sans jamais faire de compromis dans le confort.
Sans sous-sol, la résidence du couple faisait, dès le départ, appel aux énergies passives avec beaucoup de béton, une section nord enfouie par le sol et un versant sud entièrement vitré, laissant entrer pleinement la lumière du jour.
« Le côté nord-est entièrement protégé par un mur de béton qui soutient l’enfouissement. Le béton est enfoui à six pieds de profondeur et est à l’épreuve du gel, car il ne fallait pas que ça bouge », mentionne le diplômé en architecture, au collégial, qui a conçu les plans lui-même, Louise l’aidant avec l’aménagement intérieur.
Robert Nadeau dit avoir toujours été intéressé par les énergies renouvelables. Il est d’ailleurs l’architecte derrière la modernisation du système de chauffage au Sanatorium Bégin (Centre de santé des Etchemins) en 2012-2013, l’édifice passant alors du bunker lourd, l’un des carburants les plus polluants et dispendieux de la planète, à la biomasse forestière, un projet qui avait coûté près de 1,2 M$ à l’époque.
« On avait regardé pour ajouter un système de biomasse à la maison, mais on a préféré attendre, car l’industrie de la biomasse domestique n’a jamais vraiment levé au Québec, contrairement à la biomasse industrielle. Le fait que notre électricité soit encore peu dispendieuse, pour les efforts qu’exigent la récolte de la biomasse forestière en forêt, sa transformation en granules et son transport dans les résidences, rendait cette dernière solution trop dispendieuse pour les économies que cela amènerait », précise-t-il.
Soucieux de réduire constamment leurs coûts d’énergie, qui n’ont jamais été très élevés, le couple a fait un pas de géant en ce sens en 2020-2021, alors qu’ils décidaient de se tourner vers la géothermie. En plus de ce système, le couple dispose d’un foyer central au bois et d’une génératrice couvrant jusqu’à 80 % de la résidence lors de pannes de courant. « On essaie d’utiliser l’hydroélectricité le moins possible. La facture de chauffage a diminué sensiblement grâce à la géothermie. C’est le système qui coûte le moins cher », précisent les propriétaires.
Place à l’énergie solaire
Robert Nadeau souligne qu’il suit également avec beaucoup d’intérêt, depuis une dizaine d’années, les développements en matière d’énergie solaire. Comme les systèmes se sont beaucoup améliorés depuis quatre ou cinq ans, autant en termes d’efficacité que de coûts, le couple a franchi un autre pas important, au cours des dernières semaines, installant un nouveau système comprenant 18 panneaux solaires sur le versant nord de leur résidence, les panneaux faisant face au sud.
« On appelle cela des panneaux bifaciaux qui captent les rayons du soleil à l’endos. Ils sont même efficaces en hiver, car le soleil reflète sur l’arrière des panneaux grâce à la neige », mentionne-t-il en précisant que ces panneaux sont garantis de 30 à 35 ans, au lieu de 5 à 7 ans comme par le passé. Chaque panneau offre une garantie de performance de 20 à 25 ans et pourra encore fonctionner à 85 % de sa capacité dans 20 ans, ce qui n’est pas à négliger, admet Robert Nadeau.
Soulignons que les 18 panneaux de 600 watts chacun peuvent produire jusqu’à 14 000 kW/h de courant par année, quantité à peu près équivalente aux besoins de la résidence qui se situent entre 13 000 et 14 000 kW/h annuellement. Leur acquisition et leur installation a coûté un peu plus de 50 000 $.
« Il est certain que l’on produit beaucoup plus d’électricité avec les panneaux solaires lors des longues journées d’ensoleillement, en été. Lors de ces moments, tous nos surplus quotidiens seront revendus à Hydro-Québec et on va pouvoir réutiliser cette énergie pendant l’hiver, quand il y aura moins d’ensoleillement et qu’on aura besoin de plus de courant », insiste M. Nadeau en rappelant que leur résidence a toujours été connectée au réseau d’Hydro-Québec.
Stocker l’énergie ?
S’ils sont fiers de ce nouveau cap franchi 40 ans après la construction de leur résidence, les époux soulignent que la prochaine étape serait assurément d’emmagasiner leurs surplus d’énergie et d’utiliser celle-ci au besoin, que ce soit la nuit, en hiver ou lors de pannes de courant majeures, notamment.
« Pour le moment, Hydro-Québec est notre banque d’énergie. Ils adorent cela, sachant qu’ils visent constamment à réduire la consommation domestique au Québec et qu’ils n’ont plus les surplus d’autrefois », soutient Robert Nadeau en rappelant que le coût d’installation de panneaux solaires, basé sur une puissance de 10 000 watts, peut varier d’un système à l’autre.
Il mentionne que des panneaux au toit, avec équipements de base, reviennent à près de 2,50 $/watt une fois installés, alors que des panneaux sur support au sol comme les leurs, incluant le transfert des surplus à Hydro-Québec avec gestion des horaires et panneau d’urgence, en cas de pannes de courant, coûtent 5 $/watt.
« Si on devait ajouter des batteries pour le stockage de l’énergie à ce dernier système, cela reviendrait à 6,50 $/watt. Avec les taxes et moins les subventions, cela revient pour le moment à un dollar par watt, installation comprise », précise-t-il en reconnaissant que le coût d’achat de 50 000 $ pouvait sembler onéreux au premier abord, mais qu’il en valait la chandelle.
100 % autonomes d’ici un an ?
Robert Nadeau a maintenant pour objectif d’atteindre une autonomie complète en électricité d’ici un an, cet objectif pouvant être atteint par l’acquisition d’un système de stockage de l’énergie dont il ne dispose pas pour le moment. L’acquisition de batteries au lithium est donc envisagée, ou encore celle d’une voiture 100 % électrique munie d’une borne bidirectionnelle reliée à leur résidence. Si tel devait être le cas, en ajoutant un peu de bois de chauffage, la géothermie et l’emploi de la génératrice lors des pannes, sa résidence pourrait devenir 100 % autonome.
« Nous avons décidé d’avoir un système qui nous offre toutes les possibilités en matière de programmation. Celui-ci est fait de manière à ce que l’énergie solaire produite couvre les besoins de la maison et, dès que ceux-ci sont comblés, je pourrai ensuite charger des batteries le jour où j’en aurai. Puis, quand elles seront pleines, je pourrai toujours vendre les surplus à Hydro-Québec, car je serai au niveau de consommation Net Zéro avec eux », précise-t-il.
« Cela risque de devenir très populaire, car les gens pourront avoir une auto électrique tout en conservant une auto à essence ou hybride. Leur automobile électrique deviendrait alors un élément de stockage », soutient-il en ajoutant que tout cela pourrait être utile le jour où Hydro-Québec décidera de mettre en place son système de facturation dynamique, l’électricité étant appelée, selon lui, à devenir plus dispendieuse lors de périodes de pointe comme le matin, par exemple.
À la Une : Robert Nadeau devant ses nouveax panneaux solaires.
