Trop d’élèves promus sans les acquis nécessaires

ÉDUCATION. Selon les enseignants des centres de services scolaires de la Beauce-Etchemin (CSSBE) et de la Côte-du-Sud (CSSCS), trop d’élèves passent au niveau supérieur sans les acquis nécessaires. Cette situation contreviendrait à la Loi sur l’instruction publique.

En novembre et décembre 2025, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) recueillait des données sur ce sujet. Près de 530 enseignants du Syndicat de l’enseignement de la Chaudière (CSSBE) et 165 enseignants du Syndicat de l’enseignement de la Côte-du-Sud (CSSCS) participaient à cette collecte de données.

Pendant l’année scolaire 2024-2025, 26 % des enseignants au CSSBE affirmaient que certains élèves ont été promus au niveau supérieur, en dépit d’une recommandation de redoublement ou de transfert en classe spécialisée. Ce pourcentage était de 21 % au CSSCS.

Environ 11 % des enseignants au primaire, dans chacun des centres de services scolaires, subissaient des pressions de la direction ou des parents pour faire passer un élève au degré suivant sans les acquis nécessaires. Ces pourcentages s’établissent à 27 % (CSSBE) et 10 % (CSSCS) chez les professeurs au secondaire.

« Ces résultats inquiétants démontrent […] que beaucoup d’élèves dans les classes n’ont ni le niveau attendu ni une maîtrise suffisante des notions préalables, ce qui a un impact direct sur la charge de travail des profs et sur les services aux autres élèves. Il est plus que temps de donner un sérieux coup de barre pour redresser la situation, au plus grand bénéfice de tous », mentionne Dominic Loubier, président du Syndicat de l’enseignement de la Chaudière.

« Les opinions divergent sur le redoublement et chaque cas est unique. Pour certains, c’est la solution et d’autres non. […] Un élève qui est promu au niveau supérieur sans les acquis, ce n’est pas vrai que ça a seulement des effets positifs. Les élèves qui peinent à suivre, qui ont des difficultés, finissent par s’absenter davantage et perdent leur intérêt envers l’école », dit Nancy Gauvin, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Côte-du-Sud.

Effets délétères sur les élèves et l’enseignement

La consultation, selon les deux syndicats, met en lumière les effets de ces promotions injustifiés. Ils citent notamment le découragement et la baisse d’estime de soi, les comportements perturbateurs ou l’anxiété chez les élèves en difficulté, au moment où s’ennuient les élèves performant mieux.

Les effets sur l’enseignement incluent la gestion difficile des besoins de tous les élèves et à passer l’entièreté des apprentissages prévus. Les interruptions fréquentes lors des explications représentent aussi un problème, tout comme la multiplication des mesures d’adaptation.

« La FSE-CSQ a demandé au ministère [de l’Éducation] un espace afin de discuter en profondeur de cette problématique et de trouver des solutions pour favoriser la réussite de tous les élèves, tout en s’assurant que les enseignants ne croulent pas sous la charge de travail », précisent M. Loubier et Mme Gauvin.

Pris au sérieux par les CSS

Par courriel, le CSSBE rappelle que les décisions entourant le cheminement scolaire des élèves reposent sur un ensemble de facteurs. L’organisme reconnait l’évolution des réalités vécues en classe et l’importance de soutenir le personnel enseignant.

« Nous avons convenu avec le syndicat de poursuivre le dialogue afin d’identifier des priorités d’action communes. Nous souhaitons ainsi travailler en collaboration étroite avec nos équipes-écoles, le syndicat, les parents et nos élèves », confirme Joannie Demers, agente de développement aux communications.

Le CSSCS présente des arguments similaires. « Le CSSCS partage la préoccupation commune de favoriser la réussite de tous les élèves, tout en respectant l’expertise du personnel scolaire et en maintenant des pratiques équitables et rigoureuses. Les décisions liées à un redoublement ou à la promotion d’un élève ne sont jamais prises de façon unilatérale », indique Isabelle L’Arrivée-Lavoie, conseillère en communication.