Une gestion de l’offre qui nous appauvrit ?
AGRICULTURE. La gestion de l’offre coûterait, en moyenne, 224 $ par personne annuellement. Dans ce contexte, l’Institut économique de Montréal (IEDM) prône son abolition, en soutien aux ménages canadiens les plus vulnérables.
Groupe de réflexion indépendant, ou think tank, l’IEDM en arrive à cette conclusion après un test méthodologique. Dans cette approche, le groupe comparait les prix des aliments régis par la gestion de l’offre au Canada (lait, œufs, poulet) avec ceux payés par les consommateurs du Midwest américain.
La différence annuelle de 224 $, pour un individu moyen, représenterait le coût de la gestion de l’offre, selon Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. Le lait coûte 171 % plus cher ici. Cette hausse est de 46 % pour les œufs et 29 % au niveau du poulet.
« Par ailleurs, ce coût n’est pas distribué également. En termes absolus, les ménages du quintile le moins nanti paient 279 $ de plus par année, à cause de la gestion de l’offre. Les ménages les plus aisés, eux, paient 1 141 $ de plus par année en raison de ce système », précise M. Giguère.
Toutefois, en proportion du revenu disponible, l’écart serait quatre fois plus élevé chez les ménages moins fortunés. Ce coût supplémentaire est de 1,25 % du revenu disponible des moins nantis, versus 0,33 % chez les plus fortunés.
« La gestion de l’offre est une politique régressive, qui coûte particulièrement cher aux moins fortunés, et ne profite qu’à un petit nombre d’agriculteurs », indique Gabriel Giguère.
Selon sa perspective, 41 279 ménages canadiens, soit 120 083 personnes, se trouvent aujourd’hui sous le seuil du faible revenu à cause de la gestion de l’offre. Son abolition, sans rendre ces gens plus riches, leur permettrait de souffler un peu.
« Le gouvernement fédéral devrait sérieusement songer à abolir le système de gestion de l’offre. Une politique qui augmente délibérément le prix des aliments de base, et maintient des dizaines de milliers de ménages dans la pauvreté, n’est pas une bonne politique. Si l’objectif est d’aider les gens à faire face au coût de la vie, abolir la gestion de l’offre est l’une des mesures les plus directes que le gouvernement puisse prendre », affirme M. Giguère.
Comparaisons boiteuses
L’Union des producteurs agricoles (UPA), défenseure de cette règle, s’oppose fermement aux conclusions de l’IEDM. Pour David Poulin, président des Producteurs de lait du Québec, secteur Chaudière-Appalaches-Sud, le test de l’Institut omet des données importantes.
« L’agriculture est subventionnée aux États-Unis, mais pas au Canada. Si ça avait lieu, nous verrions la différence sur nos impôts [avec une hausse]. Ça reviendrait au même pour le consommateur. Les normes de qualité sont également différentes entre les deux pays », mentionne-t-il comme exemples.
Ce concept protège aussi le gagne-pain des agriculteurs. Au Québec, le quart du PIB agricole est lié seulement à la production laitière, une industrie créant des milliers d’emplois.
« On l’a vu avec l’effondrement du marché du porc, qui n’est pas protégé [par la gestion de l’offre]. Plusieurs entreprises ont fermé leurs portes. Ici, on a des fermes de petite taille. Avec les variations du marché, ça prend peu de choses pour leur causer des problèmes », rappelle David Poulin.
Sur la scène fédérale, tous les partis politiques s’engagent à protéger la gestion de l’offre dans la renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). Pour Jason Groleau, député conservateur de Beauce, cette politique ne doit faire l’objet d’aucune concession.
« Lorsqu’on regarde l’inflation des dix dernières années, le prix du lait, du poulet et des œufs grimpait moins vite que les autres produits en épicerie. Nos agriculteurs cherchent de la prévisibilité et de la stabilité. Si une ferme disparait, le dépanneur, la pharmacie et d’autres commerces de proximité vont suivre. On doit protéger nos fermes familiales », conclut M. Groleau.
