Abby Paige et Valérie Bilodeau partageront leur histoire familiale

BELLECHASSE. Une prestation théâtrale bilingue portant sur l’histoire des frères Honorius et Wilfred Bilodeau, qui ont quitté Saint-Lazare pour le Vermont vers 1920 ou 1930 à la recherche d’une vie meilleure, sera présentée le 11 juillet prochain à la Maison de la culture de Bellechasse, à Saint-Damien.

Originaire de Saint-Lazare, résidente de Lévis et enseignante d’anglais, Valérie Bilodeau a coécrit ce récit en compagnie d’Abby Paige de Burlington, au Vermont. Les deux dames sont des descendantes directes des deux frères qui étaient leurs arrière-grands-pères respectifs.

« Honorius s’est ennuyé et est revenu à Saint-Lazare, où il a fondé sa famille. Wilfred, de son côté, est resté là-bas », souligne Valérie Bilodeau qui a fait la connaissance de sa cousine éloignée alors qu’elle était jeune adolescente.

« À l’âge de 12 ans, j’ai demandé à ma famille de me placer dans une famille, aux États-Unis, pour que j’apprenne l’anglais. C’est comme cela que je me suis retrouvée chez Abby, qui avait mon âge », mentionne-t-elle en parlant de sa cousine qui est devenue comédienne et a écrit des pièces de théâtre par la suite.

Les deux femmes ont toujours gardé contact. Invitée à réunir ses deux pièces de théâtre en un livre bilingue, Abby a ensuite invité Valérie à son lancement au printemps 2025 au Haskell Theater, situé sur la frontière canado-américaine (Stanstead et Derby Line). « Quand la pièce de théâtre commençait, j’étais du côté canadien et je jouais du violon », rappelle-t-elle en ajoutant que c’est à ce moment qu’elle et Abby avaient convenu d’écrire l’histoire de leurs arrière-grands-pères.

« On ne la connaissait pas en détail, mais nos démarches nous ont amenées à rencontrer Albert Leblond et son épouse, qui nous ont parlé des nombreuses visites de la famille Bilodeau du Vermont à Saint-Lazare, ainsi que chez Raoul Laflamme, qui connait bien l’histoire de notre village. Ils nous ont aidées à refaire des bouts de cette histoire », souligne Valérie Bilodeau.

Pour la rédaction et la présentation de la « pièce de théâtre » du 11 juillet à Saint-Damien, Valérie Bilodeau et Abby Paige ont reçu une bourse de 17 000 $ du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Mélangeant théâtre et conte, les deux cousines ont également pu profiter de l’appui d’une sommité dans le domaine du conte, Michel Faubert, dans la préparation de ce spectacle alliant conte et musique. Ce dernier était d’ailleurs de passage à Saint-Damien, lors de la fin de semaine de Pâques, où il a offert une prestation lors de la 4e édition de la Fête Carreautée.

« Certains appellent cela une pièce de théâtre, mais nous, on est encore en train de découvrir ce que c’est. Notre projet est un laboratoire scénique, un espace où le conte, la musique, les archives et nos voix se répondent. Une histoire, ça ne se joue pas, ça se transmet », mentionne Valérie Bilodeau.

Connaître ses origines

Présente au lancement du livre de Valérie Bilodeau (Les récits d’une culottée) le 3 avril dernier à la Maison de la culture, Abby Paige se réjouissait de la réalisation de ce projet qui, a-t-elle mentionné, devrait attirer de nombreux membres de sa famille ainsi que des amis franco-américains vivant au Vermont et au Maine, notamment.

« Tout comme mon arrière-grand-père, mon arrière-grand-mère était une Corriveau de Saint-Lazare. Alors, ce projet est important pour moi », soulignait-elle en rappelant qu’après la première visite de Valérie chez elle à l’âge de 12 ans, les deux cousines éloignées avaient toujours gardé le contact, se visitant à quelques reprises.

« Elle est venue voir mes pièces de théâtre au Vermont et, en 2009, on m’a demandé d’écrire une pièce de théâtre portant sur les Franco-américains venus au Vermont pour y travailler. À ce moment, je venais de me marier avec un Canadien d’origine anglophone et j’ai déménagé à Montréal. Je me suis aperçue que je n’étais pas une (vraie) Franco-canadienne, car je ne parlais pas français. Cela faisait près de 100 ans que mes ancêtres s’étaient installés aux États-Unis et je voulais en savoir davantage sur mes origines francophones », poursuit celle qui a commencé à apprendre le français à l’âge de 30 ans.

« Je voulais comprendre ce que c’était d’être franco-canadienne, alors j’ai commencé à faire des entretiens avec les membres de ma famille québécoise afin d’apprendre l’histoire de chacun, puis de comprendre et apprécier mon identité franco-américaine. J’ai beaucoup voyagé et je m’apercevais que je n’avais pas beaucoup de points en commun, culturellement, avec les gens de la Californie ou d’ailleurs aux États-Unis. Je me suis sentie chez moi en arrivant au Québec, même si je ne parlais pas français à ce moment. Depuis ce temps, je continue à écrire sur mon histoire et celle de ma famille, sur mes origines. »