Guerre en Ukraine: nouvelle radio Internet, depuis Prague, pour informer les réfugiés

Karel Janicek, The Associated Press
Guerre en Ukraine: nouvelle radio Internet, depuis Prague, pour informer les réfugiés

PRAGUE, Tchéquie — «Ici Radio Ukraine».

Une nouvelle radio Internet basée à Prague a commencé à diffuser des nouvelles, de l’information et de la musique adaptées aux préoccupations quotidiennes de quelque 300 000 réfugiés qui sont arrivés en République tchèque depuis que la Russie a lancé son assaut militaire contre l’Ukraine.

Dans un studio situé au cœur de la capitale tchèque, des vétérans de la radio travaillent avec des débutants dans le métier pour indiquer aux réfugiés ce qu’ils doivent savoir pour s’installer le plus facilement possible dans un nouveau pays.

Le personnel d’une dizaine de personnes est composé de gens qui ont fui l’Ukraine ces dernières semaines ainsi que des Ukrainiens qui vivent à l’étranger depuis des années. Leur but commun est d’aider leurs compatriotes ukrainiens et leur patrie face à l’invasion russe qui perdure depuis plus d’un mois.

Natalia Churikova, une journaliste expérimentée de Radio Free Europe/Radio Liberty, basée à Prague, a expliqué qu’elle ne pouvait pas refuser l’offre de devenir rédactrice en chef de la chaîne.

«C’est pour mon peuple, pour les gens qui ont vraiment besoin d’aide, de soutien, de quelque chose qui les aidera à commencer une nouvelle vie ou à recommencer leur vie ici après avoir vécu de mauvaises expériences en essayant de fuir l’Ukraine», a affirmé Mme Churikova.

Dans son équipe, Sofia Tatomyr fait partie de ceux qui ont fui pour échapper à la guerre.

La jeune femme de 22 ans de la ville occidentale de Kalush faisait des plans pour déménager dans une autre ville en Ukraine lorsqu’un ami l’a appelé un matin pour lui dire que la guerre venait de commencer.

Ses parents et son frère aîné ont choisi de rester dans leur pays natal, mais ils souhaitaient que Sofia rejoigne sa tante à Prague.

Elle a monté seule dans un autobus à Cherniutsi et est arrivée 28 heures plus tard dans la capitale tchèque, une ville qu’elle n’avait jamais visitée.

«Arrivée à l’étranger, je me souviens du moment où je pleurais et que j’essayais d’acheter un billet et que je ne pouvais pas épeler le billet dont j’avais besoin. C’était vraiment difficile», a-t-elle raconté.

Sofia Tatomyr a travaillé comme graphiste et chanteuse en Ukraine, mais la radiodiffusion faisait partie de ses cours à l’université. À sa grande surprise, le frère de sa tante a trouvé une annonce concernant des emplois pour une nouvelle station de radio ukrainienne.

«C’est la meilleure façon d’aider notre peuple, d’aider l’Ukraine. C’est ainsi que je vois les choses, a-t-elle dit.

En sécurité à Prague, elle essayait encore de se composer avec l’invasion de sa patrie.

«C’est horrible. Je n’arrive toujours pas à trouver d’explication logique à ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Au XXIe siècle, une guerre? Pourquoi? Nous étions une nation paisible qui ne vivait que sa vie», a-t-elle affirmé.

Une autre présentatrice, Marharyta Golobrodska, travaillait comme rédactrice pour une société de logiciels quand elle a reçu un appel de Mme Churikova, qu’elle connaissait d’un stage à Radio Free Europe.

«J’avais l’habitude de penser que ceux qui se lèvent tôt pour être prêts à travailler à partir de 6 heures du matin étaient fous, mais c’est ce que je fais maintenant et j’aime vraiment ça», a affirmé Mme Golobrodska. «C’est ce que j’ai toujours voulu faire, être utile pour mon pays, même si je vis si loin.»

Pendant 12 heures chaque jour de semaine — et 11 heures les fins de semaine — Radio Ukraine diffuse de la musique ukrainienne et occidentale tout en présentant des nouvelles de l’Ukraine et de la République tchèque ainsi que des informations pour les réfugiés toutes les 15 minutes. On y donne les détails sur l’endroit où ils peuvent obtenir les documents dont ils ont besoin auprès des autorités locales, comment obtenir un emploi ou des soins médicaux, ou encore le processus pour envoyer les enfants à l’école. Les jeunes peuvent aussi y écouter des contes de fées ukrainiens.

Originaire de la ville de Mykolaïv, Marharyta Golobrodska vit en République tchèque depuis huit ans et demi. Après l’invasion de l’Ukraine, elle s’est rendue dans l’ouest de son pays natal pour rencontrer sa mère et sa sœur de 9 ans et les conduire en lieu sûr. À Prague, elle les a impliqués dans son émission.

Bohemia Media, qui exploite plusieurs stations de radio en République tchèque, a eu l’idée de lancer cette station. Il a fourni un studio et ses gens ont coopéré avec l’ambassade ukrainienne, la communauté ukrainienne locale et d’autres personnes pour que cela devienne réalité en l’espace de seulement trois semaines. Il couvre également les salaires.

Lukas Nadvornik, le propriétaire du Mediapark, une société qui représente Bohemia Media, a déclaré que le plan est que la station reste en ondes aussi longtemps que nécessaire. La tâche principale pour l’instant est de faire connaître son existence au plus grand nombre possible d’auditeurs potentiels.

L’une d’elles est Sophia Medvedeva. La web designer de 23 ans n’a pas pu retenir ses larmes alors qu’elle parlait des six jours de route avec sa mère et son frère cadet de Mykolaiv à Cracovie, en Pologne.

À Prague, elle rejoint son fiancé et Radio Ukraine l’aide à s’adapter à sa nouvelle vie.

«Je suis tellement étonnée d’avoir l’occasion d’écouter de la musique ukrainienne alors que je ne suis pas dans ma patrie. J’ai l’impression de ne pas être seule», a-t-elle dit. Sa seule recommandation est d’inviter un psychologue afin de «conseiller les réfugiés ukrainiens sur la façon de combattre le syndrome des survivants et la dépression».

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires