Alerte à la bombe d’Halifax: l’audience pour la caution d’Assakereh attendra encore
HALIFAX — L’audience de mise en liberté sous caution d’un homme accusé d’avoir envoyé une alerte à la bombe visant le consulat américain à Halifax, en Nouvelle-Écosse, a été ajournée pour la troisième fois vendredi.
Ali Assakereh, un habitant d’Halifax, a été inculpé mardi de menaces et de méfait public après que la police l’eut également accusé d’avoir garé son véhicule près du consulat avec à son bord une bonbonne de propane et des liquides inflammables.
Vendredi, son avocat commis d’office, Lonny Queripel, a déclaré qu’il n’était pas encore certain que d’autres chefs d’accusation étaient retenus contre son client, qui est placé en détention provisoire pour des infractions mineures depuis son arrestation lundi matin. De précédentes audiences de mise en liberté sous caution ont été ajournées mardi et mercredi.
Me Queripel a indiqué que la Couronne n’avait pas précisé si d’autres chefs d’accusation étaient en cours d’examen.
«Nous devons vraiment savoir à quoi nous avons affaire avant de tenter de présenter un projet de caution au tribunal, a déclaré M. Queripel à la sortie de la salle d’audience. S’il y a d’autres chefs d’accusation, les règles du jeu changent et il est difficile de savoir quelle caution le tribunal jugerait appropriée.»
Le suspect, âgé de 54 ans et originaire d’Iran, se trouvait vendredi au tribunal provincial d’Halifax, mais il est resté en cellule pendant la brève audience.
Le juge Del Atwood, de la cour provinciale, a accédé à la demande de Me Queripel visant à reporter l’audience au 19 août.
Me Queripel a indiqué au juge que son client consentait à rester en détention.
À la sortie de la salle d’audience, l’avocat a toutefois indiqué qu’il pourrait adopter une approche différente si son client était maintenu en détention pour des chefs d’accusation mineurs au-delà de mercredi prochain.
«Au bout d’une semaine ou deux, on peut commencer à dire au juge: “Écoutez, ils ont eu largement le temps de déterminer de quoi il s’agit”», a fait valoir Me Queripel.
Il a souligné que son client était «quelque peu frustré» par la lenteur de la procédure, précisant qu’Assakereh semblait tout de même tenir bon.
«Compte tenu des circonstances, nous avons eu de bonnes discussions», a déclaré l’avocat, ajoutant que ces entretiens avaient nécessité l’aide d’un interprète parlant le farsi, la langue principalement utilisée en Iran.
«Je n’ai eu aucune difficulté à lui expliquer ce que nous devons accomplir et à obtenir sa coopération (…) Il est clair qu’il préférerait être chez lui plutôt que (…) là où il se trouve. Mais il est disposé à nous laisser le temps de gérer la situation de manière appropriée.»
Une famille discrète
Vendredi, dans la maison de ville bien entretenue des Assakereh, située dans le quartier de Sherwood Heights, une femme a confirmé qu’elle était l’épouse de l’accusé en s’exprimant par la fenêtre ouverte de la maison. Lorsqu’on lui a demandé si elle était au courant des accusations pesant sur son mari, elle a répondu: «Je ne parle pas anglais.»
Un peu plus loin dans la rue, Dhruv Mashruwala, un voisin, a raconté que la police avait perquisitionné la maison pendant environ 12 heures lundi. Pendant ce temps, il a aperçu le fils adolescent d’Assakereh qui arpentait le quartier alors que les températures grimpaient en flèche; Environnement Canada avait émis une alerte de chaleur.
«Il a environ 14 ans et il errait sous cette chaleur. C’est ma femme qui l’a remarqué la première et qui m’a dit qu’il fallait aider cet enfant (car) il faisait trop chaud dehors et qu’il n’avait peut-être pas d’eau.»
M. Mashruwala a demandé à la police s’il pouvait inviter l’adolescent chez lui pour qu’il se mette à l’abri du soleil. Il a expliqué que le jeune avait passé environ trois ou quatre heures chez lui, et que la sœur aînée de ce dernier, également adolescente, était elle aussi passée pour utiliser un téléphone et un chargeur d’ordinateur portable.
«Sa sœur aînée est venue parce que tous leurs téléphones étaient entre les mains de la police, a-t-il expliqué. Ils n’avaient aucun moyen de communiquer.»
M. Mashruwala a précisé que ses enfants fréquentaient la même école que ceux d’Assakereh, mais qu’il ne connaissait pas leurs parents. Il a ajouté que lundi était la première fois qu’il discutait réellement avec les enfants.
«On voit seulement les enfants parce qu’ils vont à l’école avec les nôtres (…) mais (la famille), elle n’a jamais causé de problèmes ici. Ils sont très calmes.»
Lui et un autre voisin ont déclaré à La Presse Canadienne qu’ils avaient tous deux déjà vu des voitures de police stationnées près du domicile d’Assakereh par le passé. M. Mashruwala a précisé qu’il ignorait ce qui avait motivé ces visites.
La police a inculpé M. Assakereh de deux chefs d’accusation pour agression en août 2024, mais ces deux chefs d’accusation ont été rejetés en décembre 2025.
Lors de l’audience de mise en liberté sous caution mardi, M. Assakereh s’est exprimé par l’intermédiaire d’un interprète arabe pour indiquer au juge qu’il souhaitait présenter des preuves du racisme dont sa famille a été victime. Il a toutefois précisé qu’il devait aller chercher certains documents à l’appui.
L’interprète a également indiqué à la cour qu’Assakereh avait affirmé que lui et sa famille étaient menacés par «la police, les agents de sécurité et même les services sociaux et d’aide au revenu».
Alors que l’audience touchait à sa fin, Assakereh a demandé si l’interprète pouvait être remplacé par une personne parlant le farsi.
La police a confirmé que le consulat avait signalé une alerte à la bombe dimanche à 18 h 15, et que le suspect avait été identifié peu après.
Le lendemain matin, la découverte du véhicule d’Assakereh à 8 h 10 a conduit la police à ordonner l’évacuation immédiate de plusieurs bâtiments du centre-ville, notamment le complexe de bureaux situé sur les quais où se trouve le consulat. Assakereh a été arrêté dans l’ouest de la ville environ 25 minutes plus tard.
À 14 h, les ordres d’évacuation ont été levés après qu’un démineur eut déterminé que le réservoir et les liquides ne représentaient aucune menace pour la sécurité publique.
