Les syndicats canadiens demandent d’être inclus dans les discussions avec Washington

OTTAWA — Alors qu’Ottawa se prépare à discuter avec la Maison-Blanche afin de revoir le plus important accord de libre-échange du pays, une partie de l’économie s’inquiète d’être exclue de l’équipe canadienne: les syndicats.

Les dirigeants syndicaux canadiens ont exprimé mercredi leur frustration à l’égard du gouvernement libéral du premier ministre Mark Carney, l’accusant de ne pas faire preuve d’assez de transparence à leur égard quant à l’avancement des négociations commerciales avec l’administration Trump.

Les dirigeants des syndicats privés et publics se sont réunis à Ottawa en vue de l’examen cette année de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, connu sous le nom d’ACEUM.

Lorsque La Presse Canadienne a demandé, en conférence de presse mercredi, à plus d’une douzaine de représentants des plus grands syndicats du pays s’ils se sentaient impliqués dans les négociations commerciales cruciales, ils ont ri de la question.

Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada, a affirmé que les travailleurs doivent être présents à la table des décisions avec le gouvernement et que les communications d’Ottawa avec eux ne doivent pas être qu’une réflexion après coup.

«Je pense que mon groupe vous fait comprendre ici que nous estimons ne pas bénéficier d’une attention suffisante et d’une participation suffisante des syndicats dans les décisions qui sont prises», a déclaré Mme Bruske.

«Nous convoquer à une réunion et nous donner des informations après coup, ou nous faire participer pour la forme, n’est pas suffisant. Les travailleurs de ce pays méritent mieux. Ils doivent être présents à la table des décisions, car les décisions prises par les négociateurs ont des conséquences directes sur les travailleurs et leurs familles.»

Ils ont exhorté Ottawa à élaborer une stratégie économique axée sur les travailleurs en réponse à la guerre commerciale prolongée menée par le président américain Donald Trump contre le Canada. Cette dernière a durement touché les industries manufacturières au pays, telles que la foresterie, la sidérurgie et le secteur automobile.

La directrice nationale d’Unifor, Lana Payne, a affirmé que les travailleurs doivent être au centre des efforts du gouvernement pour adopter une «véritable approche d’équipe Canada» dans la lutte contre la guerre commerciale.

«Nous ne pouvons pas aborder cet examen de l’ACEUM avec une main liée dans le dos, et si les travailleurs ne font pas partie de ce processus, nous aurons une main liée dans le dos. Je ne pense pas que cela soit dans l’intérêt de quiconque», a-t-elle soutenu.

«Les travailleurs connaissent très bien les secteurs dans lesquels ils travaillent. Nous savons où trouver des concessions mutuelles. Nous savons où un accord est possible, et nous savons aussi comment négocier. C’est en quelque sorte notre métier.»

Mme Payne a indiqué que des milliers de travailleurs syndiqués ont perdu leur emploi et que beaucoup d’autres se retrouvent en première ligne dans la guerre commerciale menée par les États-Unis — qui ciblent de plus en plus de secteurs avec des menaces économiques.

M. Trump a soudainement pris Bombardier pour cible la semaine dernière lorsqu’il a publiquement évoqué la possibilité de retirer sa certification et d’imposer des droits de douane sur les avions fabriqués au Canada.

Mme Payne a affirmé que les travailleurs des deux côtés de la frontière paient le prix des droits de douane imposés par M. Trump, alors que la base manufacturière américaine se réduit.

Elle a ajouté qu’il est positif que le Canada n’ait pas signé de «mauvais accord commercial» l’année dernière avec M. Trump, contrairement à d’autres pays qui ont cédé sous la pression de lourds droits de douane.

«Mieux vaut ne pas avoir d’accord qu’un mauvais accord», a continué Marty Warren, directeur national du syndicat des Métallos.

L’ACEUM, qui a été négocié pendant le premier mandat de M. Trump à la Maison-Blanche, est entré en vigueur le 1er juillet 2020 et prévoit un examen obligatoire au bout de six ans.

L’ancien négociateur commercial en chef du Canada a averti que M. Trump tenterait probablement d’intensifier la pression sur le Canada et le Mexique au début de cette année en menaçant de déchirer l’accord.

L’administration Trump a publiquement laissé entendre que la conclusion d’accords bilatéraux distincts, voire la résiliation pure et simple de l’accord, faisaient partie des options envisagées.