Ottawa va investir dans une fonderie de minéraux stratégiques en Colombie-Britannique

Le gouvernement fédéral va investir jusqu’à 400 millions $ dans les activités de traitement des minéraux stratégiques de Teck Resources dans le sud de la Colombie-Britannique, alors qu’Ottawa cherche à consolider ses approvisionnements en métaux utilisés dans les secteurs de la défense et des énergies vertes.

«Nous sommes confrontés à une guerre commerciale dont nous ne voulions pas; à la situation géopolitique la plus instable depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui a conduit à la plus grande crise énergétique de l’histoire moderne; à des évolutions technologiques d’une rapidité sans précédent depuis des décennies, principalement dues à l’intelligence artificielle; et à une transition vers les énergies propres qui s’accélère», a mentionné mardi à Trail, en Colombie-Britannique, Tim Hodgson, ministre fédéral des Ressources naturelles.

«Quiconque vous dit que relever ces défis en tant que gouvernement et en tant que pays n’est pas intimidant ne dit pas la vérité», a-t-il souligné.

M. Hodgson a toutefois affirmé que ces crises créent une opportunité pour le Canada.

«Nous agissons ainsi parce que le monde est de plus en plus dangereux et instable, et que l’accès aux minéraux critiques peut être utilisé comme une arme. Il est donc d’un intérêt économique majeur pour notre pays de s’assurer que le Canada soit en mesure de produire ses propres minéraux critiques, a-t-il déclaré en entrevue. Nous voulons nous assurer que le Canada garde toujours les atouts en main. Nous ne voulons jamais nous retrouver dans une situation où l’on nous dit: “Vous devez faire ce que nous voulons parce que vous n’avez pas les atouts.” Ce sont des atouts précieux. Nous devons nous assurer de les conserver.»

L’annonce faite mardi est la première dans le cadre de l’Accélérateur canadien des minéraux critiques, un programme de Ressources naturelles Canada mis en place l’année dernière pour accélérer le développement des minéraux jugés nécessaires à la souveraineté économique, à la sécurité nationale et à la transition énergétique. Exportation et développement Canada gère ce programme.

Ce complexe de fusion et d’affinage fabrique actuellement 19 produits et emploie plus de 1400 personnes.

Teck prévoit un projet d’expansion de ses activités à Trail pouvant atteindre 850 millions $, qui pourrait doubler la production de germanium et d’antimoine et ajouter de nouvelles capacités de production de gallium.

Le germanium est utilisé dans les technologies de la fibre optique, de l’infrarouge et des semi-conducteurs, tandis que l’antimoine est essentiel pour les retardateurs de flamme, les batteries et les alliages.

Le gallium est quant à lui indispensable aux semi-conducteurs utilisés dans les télécommunications, les radars et l’électronique.

Des droits pour Ottawa

Le Canada et ses homologues du G7 ont dressé des listes de minéraux critiques qu’ils jugent essentiels à leur sécurité nationale et à leur souveraineté économique. Ottawa s’efforce de jumeler ces minéraux avec des entreprises qui les extraient et les transforment au Canada, et où un investissement fédéral pourrait stimuler l’investissement du secteur privé, a expliqué M. Hodgson.

Il pourrait aussi amener le Fonds de croissance du Canada, un véhicule d’investissement fédéral indépendant spécialisé dans les technologies propres, à réaliser un investissement assimilable à une «prise de participation» pouvant atteindre 400 millions $ directement dans l’usine de Teck à Trail, a indiqué Ressources naturelles Canada dans un communiqué.

«L’accord est structuré de manière à ce que nous tirions un rendement des marges générées par l’expansion», a mentionné M. Hodgson aux journalistes.

«Et il est spécifiquement conçu pour ne pas s’immiscer dans la structure de capital de Teck, mais pour garantir que les contribuables canadiens bénéficient de l’opportunité qui se crée ici», a-t-il précisé.

M. Hodgson a avancé que les termes exacts de l’accord, qu’il a également qualifié de «structure de type redevance», relevaient du «secret commercial» compte tenu de certaines implications en matière de sécurité nationale.

L’accord pourrait également permettre à Ottawa d’obtenir des droits sur une partie de la production future de ces minéraux. Avant le lancement de l’accélérateur, le gouvernement avait déjà procédé de la même manière avec des mines de graphite et de scandium au Québec, a précisé M. Hodgson.

En vertu de tels accords, les minéraux peuvent être stockés pour répondre aux besoins de sécurité nationale du Canada, et des approvisionnements potentiellement disponibles pour les partenaires du G7 à des conditions commercialement avantageuses.

Pour les minéraux qui seraient produits dans le cadre de l’expansion de Trail, les marchés sont relativement restreints, ce qui peut entraîner une forte volatilité des prix, a expliqué M. Hodgson, ajoutant que le financement gouvernemental contribue à offrir à l’industrie la certitude nécessaire pour garantir leur production.

«Il est difficile pour une entreprise du secteur privé de dire: “Je vais investir des centaines de millions de dollars dans la production de ces minéraux sans savoir si un autre acteur du marché pourrait délibérément inonder le marché et faire chuter les prix pour rendre la production non rentable. Je ne suis pas sûre de vouloir engager un tel capital”», a commenté M. Hodgson.

Jonathan Price, président et chef de la direction de Teck, a précisé que cet accord aiderait l’entreprise à augmenter rapidement et de manière significative sa production de métaux stratégiques clés.

«Cette expansion ferait des installations de Trail et du Canada le fournisseur de référence de ces métaux pour les clients et les pays du monde entier», a-t-il déclaré lors de la conférence de presse.

Il a souligné que le calendrier de cette expansion n’avait pas encore été défini.

«Il s’agit d’un projet majeur et complexe, mais nous sommes certains que, grâce aux accords de financement que nous comptons mettre en place dans les mois à venir, nous serons en mesure d’accélérer le projet et, par conséquent, la production», a-t-il affirmé.

Teck et la société londonienne Anglo American PLC ont annoncé l’année dernière un accord visant à unir leurs forces pour créer une entreprise minière axée sur le cuivre, d’une valeur de 70 milliards $. L’entreprise issue de la fusion s’appellera Anglo Teck et conservera son siège social à Vancouver.

Lors de l’annonce de l’accord en septembre dernier, Anglo American avait indiqué qu’elle prévoyait la finalisation de la transaction dans un délai de 12 à 18 mois.

Entreprise mentionnée dans cette dépêche : (TSX : TECK.B)