Trudeau s’en prend à Poilievre sur les contenus préjudiciables en ligne

OTTAWA — Justin Trudeau a lancé jeudi une attaque spontanée contre son principal rival politique au sujet d’un projet de loi du Sénat sur la pornographie qui, selon le premier ministre, pourrait introduire une identification numérique pour les adultes souhaitant naviguer sur certains sites web.

M. Trudeau a accusé le chef conservateur Pierre Poilievre de «répandre des mensonges» sur la prochaine loi du gouvernement libéral ciblant les contenus préjudiciables en ligne – même si les conservateurs appuient eux-mêmes un projet de loi au Sénat qui créerait des restrictions en ligne.

«Au lieu de s’engager à protéger nos enfants grâce à une législation sérieuse et responsable, il propose plutôt que les adultes donnent leurs informations personnelles et leur identifiant à des sites internet douteux, ou créent un identifiant numérique pour pouvoir naviguer sur internet comme bon leur semble», a déclaré M. Trudeau après une conférence de presse en Nouvelle-Écosse.

«C’est quelque chose contre lequel nous nous opposons et avec lequel nous ne sommes pas d’accord.»

Mercredi, M. Poilievre a confirmé que son parti soutenait un projet de loi qui obligerait les sites pornographiques à vérifier l’âge des utilisateurs, et qu’un futur gouvernement conservateur légifèrerait en ce sens.

Le projet de loi S-210 a été adopté au Sénat au printemps et les néo-démocrates, le Bloc québécois et les députés conservateurs ont voté pour le renvoyer à un comité de la Chambre des communes pour étude, tandis qu’une majorité de libéraux ont voté contre.

Le projet de loi déposé par la sénatrice Julie Miville-Dechêne, membre du Groupe des sénateurs indépendants, ne précise pas comment l’âge serait vérifié.

Les options d’application incluent la création d’une pièce d’identité numérique du gouvernement ou l’obligation pour les utilisateurs de scanner leur visage à l’aide d’une webcam afin que leur âge approximatif puisse être déterminé – deux méthodes que les conservateurs déclarent désapprouver.

Pas un «enjeu partisan», dit la sénatrice Miville-Dechêne

La sénatrice Miville-Dechêne a affirmé jeudi dans un communiqué que «la vérification de l’âge pour accéder à la pornographie en ligne n’est pas un enjeu partisan» et a souligné que d’autres pays ont rédigé de telles lois, notamment la France, le Royaume-Uni et l’Union européenne.

En France, un certificat numérique est à l’étude, tandis que l’Union européenne s’apprête à déployer un portefeuille numérique personnel que chacun de ses citoyens pourra utiliser en ligne.

Mme Miville-Dechêne a déclaré que des «tiers accrédités» procéderaient à la vérification de l’âge plutôt que le gouvernement ou les sites pornographiques, et a défendu le fait que son projet de loi ne précise pas comment la loi serait appliquée.

«L’approbation de méthodes spécifiques de vérification de l’âge se fera dans les règlements, après consultations», a-t-elle souligné.

«C’est la façon normale de procéder et c’est ce que les autres États ont fait: identifier des mécanismes appropriés de vérification de l’âge est une question technique, la technologie évolue constamment et il ne faudrait pas adopter un projet de loi qui devienne désuet après quelques mois.»

Néanmoins, des experts en matière de protection de la vie privée ont exprimé leurs inquiétudes quant aux impacts potentiels de l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale ou du fait d’exiger des utilisateurs qu’ils transmettent des informations personnelles à des sites tiers.

Mais les conservateurs – y compris la députée ontarienne Karen Vecchio, qui parraine le projet de loi aux Communes – n’ont proposé aucune méthode alternative pour faire appliquer la future loi.

Les conservateurs affirment qu’ils soutiennent le projet de loi parce que les enfants ne devraient pas pouvoir accéder librement à la pornographie en ligne, de la même manière que les enfants ne peuvent pas légalement acheter de la pornographie en personne.

«Justin Trudeau fait ce qu’il sait faire de mieux: tromper et diviser les Canadiens, cette fois en les induisant en erreur sur les effets d’un projet de loi qui a le soutien des députés de tous les partis, y compris des membres de son propre caucus libéral», a soutenu Sebastian Skamski, un porte-parole de M. Poilievre, jeudi dans un communiqué.

L’ordre du jour «woke» de Trudeau

M. Poilievre a également critiqué mercredi le projet de loi sur les contenus préjudiciables en ligne que le gouvernement libéral devrait déposer dans les semaines à venir.

M. Poilievre a déclaré mercredi que le projet de loi sur les contenus préjudiciables en ligne faisait partie du «programme autoritaire « woke » de Justin Trudeau» et constituait une «attaque contre la liberté d’expression».

Le projet de loi, selon M. Trudeau, vise à protéger les enfants contre l’exploitation sexuelle et l’intimidation sur internet.

«Nous assurons la sécurité des enfants dans la cour d’école. Nous assurons la sécurité des enfants dans nos communautés. Nous devons faire un meilleur travail en tant que société pour assurer la sécurité des enfants en ligne», a-t-il déclaré jeudi.

M. Trudeau a soutenu que le discours partisan de M. Poilievre était «préoccupant» étant donné que les conservateurs n’ont pas encore vu le projet de loi et ne savent pas ce qu’il contient.

«Je pense donc que c’est encore un autre exemple de Pierre Poilievre qui est irresponsable et peu sérieux et qui choisit de faire de la politique au lieu de se concentrer réellement sur ce qui compte, c’est-à-dire comment assurer la sécurité de nos enfants.»