Portage à Saint-Malachie: cheminement et non thérapie

Portage à Saint-Malachie: cheminement et non thérapie

Cindy Chabot, directrice de Portage à Saint-Malachie, est entourée de Marquis et Camille qui ont accepté de partager leur histoire.

Crédit photo : La Voix du Sud - Éric Gourde

JEUNESSE. L’organisme Portage parvient parfois à changer la vie de plusieurs jeunes grâce à ses programmes d’intervention visant à certaines dépendances, principalement l’alcool et les drogues.

Profitant de la 20e édition des Olympiades de l’organisme du 6 au 9 août dernier à Saint-Malachie, où plus de 90 adolescents des centres du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick étaient sur place, le journal a pu rencontrer Camille et Marquis qui ont accepté de partager leur vécu et le cheminement qu’ils ont entrepris au sein de l’organisme.

Résidente de Rimouski au Bas-St-Laurent, Camille espère remédier à une dépendance à la drogue. Elle indique avoir commencé à consommer après une rupture. «Je sortais d’une relation difficile et je cherchais le bonheur à quelque part et c’est là que je le trouvais. À la fin, le bonheur coûtait cher. C’était tout, sauf la réalité. C’était une évasion sur les situations et les sentiments que je vivais à ce moment-là. J’avais peur de la solitude et je n’étais pas bien.»

Celle qui a étudié au cégep en comptabilité compte maintenant se diriger vers les sciences humaines afin d’éventuellement travailler dans un endroit comme Portage, pour partager son vécu avec d’autres. Comme elle considère ne pas avoir de famille comme tel, c’est à Saint-Malachie qu’elle a découvert un groupe correspondant à ses besoins. «J’ai justement trouvé une famille ici, surtout qu’à l’extérieur je n’en ai pas. L’amour et le respect. C’est l’fun de se sentir comprise.»

Marquis réside pour sa part à Lévis et doit faire face à une dépendance à l’alcool et aux drogues. Perdre la confiance de sa famille et des gens autour de lui a été l’élément déclencheur. «Je vivais de nuit et dormais le jour. Ma vie était comme inversée. Je voyais mon compte bancaire descendre et les problèmes arrivaient. Je n’étais plus le même, j’étais bizarre. Je pétais des crises à l’occasion. J’étais contre mes valeurs et je ne me reconnais plus.»

Il tente une thérapie pour la troisième fois. «La première fois, j’y étais par obligation. Je m’en foutais et je n’écoutais personne. Je suis parti avant que l’on me mette à la porte. J’ai eu de la chance et des rencontres ont permis de prouver que j’y étais pour moi cette fois-ci.»

Après trois mois, Marquis est à mi-chemin dans son cheminement. Il estime bien apprivoiser les outils que l’on met à sa disposition pour faire de son séjour une réussite. Notre entretien fait partie de ces étapes à ses yeux. «J’étais assis et je n’y pensais même pas quand on m’a indiqué que c’était le temps. Je suis un peu nerveux, mais c’est un bon stress.»

Travaillant dans la restauration depuis un certain temps, il pense qu’un changement d’environnement pourrait lui être bénéfique. «Je vais possiblement continuer dans ce domaine un certain temps, mais je pense à suivre des formations en mécanique industrielle et en électromécanique. Changer de domaine devrait m’aider à éviter de revenir dans mes routines d’avant.»

S’il a déjà fait une croix sur les drogues, Marquis compose encore avec le besoin de ressentir l’ivresse procuré par l’alcool, élément sur lequel il travaillera au cours des prochaines semaines. «Le mot thérapie me faisait peur au départ, car ça sonnait drogué ou toxicomane», juge-t-il. «Il ne faut pas avoir peur d’y avoir recours lorsque l’on a besoin d’aide. Quand tu es au cœur d’un épisode de consommation, tu tournes toujours autour du pot. C’est toujours la même chose, chaque jour et ça ne te permet pas d’avancer dans la vie. Du moment où tu l’acceptes, le comprend et l’assume, tu peux enfin l’exprimer.»

Camille a aujourd’hui terminé son cheminement à Saint-Malachie après un séjour de plus de cinq mois. Elle devra maintenant faire face à la réalité en dehors des murs de Portage. Elle se considère prête à y faire face. «Les outils que l’on m’a donnés font qu’aujourd’hui je suis capable de dire non et pour moi, c’est un exploit. Je me suis fixé des objectifs et j’entends les accomplir. Je me suis fixé un horaire assez occupé pour ne pas m’emmerder.»

Elle dit maintenant se sentir bien dans sa peau. «J’ai recommencé à faire des choses que j’aimais comme la lecture et jouer de la guitare. J’ai retrouvé des passions que j’avais délaissées à cause de la drogue.»

Nos deux interlocuteurs partageaient leur histoire respective pour la première fois entre eux et affichent beaucoup de confiance en leurs possibilités. L’aide qu’ils reçoivent a déjà un effet sécurisant sur eux. «Tout le monde est ici parce qu’il a un problème et qu’il a besoin d’aide. On observe beaucoup plus de pitié et de la souffrance que de la haine ou du jugement.»

Si certains extraits les ont fait sourire, les deux conviennent que l’expérience a été positive pour leur apprentissage respectif. L’expérience vécue et le point de vue d’une personne du sexe opposé occuperont une place de choix dans leur passage à Saint-Malachie.

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