Le Baseball majeur veut prioriser les lanceurs partants, mais ça ne sera pas facile

SURPRISE, Ariz. — Max Scherzer a lancé pendant au moins 179 manches pendant 10 de ses 16 premières campagnes dans les Ligues majeures. Et le lauréat de trois trophées Cy-Young en carrière a appris malgré lui d’importantes leçons attribuables au fait de passer beaucoup de temps sur la butte dans un match.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le droitier des Rangers du Texas croit que les Ligues majeures de baseball doivent aller beaucoup plus loin que de limiter le nombre de postes dans une formation si elles souhaitent de nouveau voir les lanceurs partants briller.

«Je suis devenu un meilleur lanceur après avoir affronté le rôle des frappeurs adverses complet à trois reprises, et avoir éprouvé des ennuis à affronter ce rôle des frappeurs pour la troisième fois, a indiqué le vétéran âgé de 39 ans. C’est le principal enjeu des jeunes lanceurs; apprendre à affronter le rôle des frappeurs adverses à trois reprises… Nous avons tellement peur de voir nos lanceurs échouer ces jours-ci.»

La situation des lanceurs partants monopolise l’attention du commissaire des Ligues majeures Rob Manfred, qui a déclaré en octobre que le Baseball majeur songeait à abaisser de 13 à 12 le nombre maximal de lanceurs actifs par équipe, et ce, dès la saison 2025 — avec l’objectif évident de contraindre les clubs à mettre l’emphase sur leurs lanceurs partants.

Les lanceurs partants des Ligues majeures ont affiché des moyennes de 15,4 retraits et 85,1 lancers par match l’an dernier, selon ‘Sportradar’, et de 15,6 retraits et 84,9 lancers par match en 2022. Ces chiffres étaient de 17,4 retraits et 93,1 lancers en 2015, et de 17,8 et 98,6 respectivement en 2000.

«J’ai grandi en appréciant ce sport, et mon père et moi choisissions les matchs des Astros (de Houston) auxquels nous allions assister en fonction de la présence ou non au monticule de Roy Oswalt, a dit le droitier des Cubs de Chicago Jameson Taillon. Nous regardions le duel de lanceurs, c’est ce qui nous intéressait. Aujourd’hui, j’ai l’impression que ça n’est plus aussi significatif qu’à l’époque.»

Le Baseball majeur souhaite que ces duels reviennent à l’avant-plan, mais ça ne sera pas facile, car l’enjeu est complexe.

Les espoirs sur la butte sont suivis de très près dans leur ascension vers les Ligues majeures, et le moindre accro au plan d’une organisation pourrait mettre en péril la carrière de nombreux gérants et instructeurs des ligues mineures. De plus, l’enclos des équipes des Ligues majeures n’a jamais regorgé d’autant de talents qu’actuellement, et des montagnes de données ont déjà illustré les risques associés au fait de laisser un lanceur au monticule trop longtemps.

«Du point de vue de l’amateur, ouais, voir un gars passer sept, ou huit manches sur le monticule, c’est super. Je comprends cela, a dit le gérant des Dodgers de Los Angeles, Dave Roberts. Ça ne t’aide pas nécessairement à remporter des matchs, et malheureusement mon poste dépend de ma capacité à gagner des matchs de baseball.»

Si une éventuelle limite de 12 lanceurs est adoptée afin d’encourager les équipes à laisser leurs lanceurs partants sur la butte plus longtemps, alors une certaine pression se fera sentir dans l’enclos des releveurs. Les équipes du Baseball majeur pourraient également décider d’assigner davantage leurs spécialistes des longues relèves aux ligues mineures — peu importe leur rendement.

La réponse longue à cet enjeu se trouve vraisemblablement dans le système des ligues mineures, et au niveau de la manière dont le baseball souhaite développer sa prochaine génération de lanceurs partants.

«Tout part de l’entraînement dans les ligues mineures, a évoqué le gérant des Rangers Bruce Bochy. C’est là que tout commence. C’est difficile de corriger le tir pendant que les gars sont dans l’engrenage. Ils ne sont pas entraînés pour faire ça. Tu leur demanderais maintenant de passer de nombreuses manches dans un match au monticule, ce qui accroît les risques de blessure. Il faudra donc adopter une approche prudente dans ce dossier-là.»