Deux permis possibles pour la chasse au chevreuil

CHASSE. De nouveaux plans de gestion viennent d’être élaborés par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), notamment sur le cerf de Virginie (chevreuil) et le dindon sauvage.

Une grande nouveauté s’annonce, soit la possibilité d’obtenir deux permis pour la chasse au cerf de Virginie, qui risque de plaire aux chasseurs de la région. «Les chasseurs pourront se procurer un permis régulier et un permis supplémentaire à moindre coût. Ils devront toutefois identifier une première zone de chasse régulière et une autre additionnelle pour un deuxième cerf», explique François Lebel, biologiste au ministère, qui ne croit pas que la démarche créera une forte pression sur les populations.

«On remarque que de 10 à 12 % des chasseurs réussissent à récolter un deuxième dindon sauvage, alors ce n’est pas nécessairement facile de récolter un deuxième gibier. Ça ne veut pas dire non plus que beaucoup de chasseurs réussiront avec le cerf.»

Les périodes de chasse pour le cerf demeurent semblables, mais avec quelques modifications, ajoute M. Lebel. «La saison de chasse devrait débuter un peu plus tard dans la zone 3 ouest, qui couvre sommairement la Beauce et Bellechasse. Une période de 14 jours consacrée pour l’arc et l’arbalète sera déplacée au début octobre, suivie d’une période de cinq jours avec le chargement par la bouche et fusil (ex. de calibre 10-12-16 ou 20) tout de suite après, soit à la mi-octobre, et ensuite un 16 jours d’arme à feu dans la plupart des zones de chasse qui sera une semaine plus tard en novembre.»

Le dindon sauvage devient de plus en plus populaire auprès des chasseurs

Ainsi, ce nouveau Plan de gestion 2020-2027 devrait répondre aux doléances des partenaires impliqués indique M. Lebel, puisque de nombreuses consultations ont eu lieu avant son adoption. «On établit un plan de gestion sur huit ans. Lorsque l’on doit en établir un nouveau, on consulte plusieurs partenaires. Le plus récent se terminait en 2017 et la réflexion a été importante pour avoir le meilleur constat. Il fallait établir où nous en sommes avec les populations de cerfs de Virginie et avec les clientèles de chasseurs pour établir la suite des choses. Le plan tient compte des réalités des différentes zones de chasse de la province.»

On observe également une baisse du nombre de chasseurs, ce qui influence l’évolution des cheptels. «Nos adeptes vieillissent, alors nous sommes en perte de vitesse en terme de chasse au cerf de Virginie et on remarque une augmentation de certaines populations, alors on doit s’ajuster.»

François Lebel indique qu’il y aura peu de changement pour le dindon sauvage, puisque les populations ne sont pas nécessairement élevées dans la région. «Il y aura toutefois une deuxième période de chasse à l’automne, notamment dans les zones 4 et 7 qui sont partiellement en Chaudière-Appalaches. Cette période sera de sept demi-journées.»

La présence du dindon sauvage a tout de même augmenté au cours des dernières années, ajoute-t-il. «Quand nous avons permis une chasse régulière pour ce gibier en 2008, il n’y avait pas de dindon sauvage qui se récoltait à ce moment-là. Il n’y avait pas de pression sur ce cheptel. Elle a augmenté progressivement depuis pour atteindre 170 dindons l’an dernier.»

L’hiver étant plus lent que l’an dernier, M. Lebel ne s’attend pas nécessairement à des modifications aux règles en cours de route. «On reçoit généralement de bonnes quantités de neige, ce qui a naturellement un effet sur la faune. C’est pourquoi il faut ajuster nos paramètres, si l’hiver précédent a été particulièrement rigoureux, comme cela s’est produit l’an dernier. C’est pourquoi il n’y a pas eu de chasse au cerf sans bois (faons et femelles adultes) dans les zones 3 Est et 3 Ouest au cours de l’automne.»

Ainsi, le début de l’hiver plus modeste que l’on connait ne veut pas nécessairement dire une ouverture pour une chasse plus grande à l’automne. «Ce qui est difficile pour les cerfs de Virginie et autres animaux en forêt, ce n’est pas le début de l’hiver, mais plutôt la fin. Le cerf pourra vivre dans un climat hostile tout l’hiver, sauf que si la saison s’allonge, c’est là où ses réserves d’énergie seront à son plus bas et qu’il sera vulnérable.»

Le cheptel de l’orignal est plutôt volatile dans la région.

Et l’orignal lui ?

La chasse à l’orignal n’est pas touchée, pour le moment, par l’entrée en vigueur de ces nouveaux plans de gestion, sauf qu’elle devrait faire l’objet de nouvelles modalités dans deux ans. Biologiste au ministère, Jean-François Dumont estime que le plan actuel fait encore l’affaire, mais des réflexions doivent être faites sur le sujet. «On a dû interdire la chasse aux femelles et des veaux l’automne dernier, car on commençait à gruger dans notre capital et nous ne voulions pas aller plus loin.»

Il fallait absolument, selon lui, composer avec une situation particulière. «Nous avons une décroissance de 4 à 5 % par année. Le problème est qu’elle s’étire depuis 2012. Nous pensions avoir un certain soubresaut, mais ça ne s’est jamais fait. La zone 3 est celle la plus chassée au Québec et le produit devient de plus en plus décevant, alors nous avons réagi.»

Il ajoute que la chasse n’est pas l’unique chose ayant un impact sur les populations. «Des parasites se sont ajoutés en cours de route et le cumulatif de tout ça a fait que nous perdons du terrain. La tique d’hiver chez l’orignal est une chose, mais il y en a d’autres.»

Jean-François Dumont précise que la direction régionale du ministère en Chaudière-Appalaches est la seule à faire des sondages auprès des chasseurs pour connaitre le pouls sur le terrain. «Les chasseurs aiment voir du gibier, autant pendant la chasse que dans les préparatifs qu’ils font en été. Des gens ont commencé à faire des saisons de chasse sans voir un seul gibier. Ces gens-là sont devenus plus nombreux. Les chasseurs sont venus confirmer que nous avions une perte de productivité.»

La situation pourrait toutefois se rétablir assez rapidement selon lui. «Nous devions avoir une saison permissive l’automne dernier, mais nous ne l’avons pas fait. Il est certain que cela aura des impacts positifs. Toutes les bêtes épargnées l’an dernier vont contribuer à repartir le cycle reproducteur pour rétablir le cheptel et revenir à des données semblables à 2010-2011.»

Les modalités de la prochaine saison de chasse en sera une non-permissive, soit que la récolte des femelles et des veaux ne sera pas permise, uniquement les mâles adultes. «On rebâtit la population d’orignal, mais déjà l’automne prochain, les chasseurs verront une différence, nous sommes catégoriques là-dessus. On peut déjà voir de beaux ravages se former et voir des pistes dans les chemins forestiers.»