Cimetières: les lots abandonnés de plus en plus nombreux

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Par Eric Gourde
Cimetières: les lots abandonnés de plus en plus nombreux
Le cimetière de Saint-Raphaël est celui où l'on dénombrait le plus grand nombre de lots abandonnés. (Photo : La Voix du Sud - Éric Gourde)

SOCIÉTÉ. Les compagnies de cimetière de la région doivent composer avec une situation de plus en plus fréquente, soit un nombre grandissant de lots où les concessions n’ont pas été défrayées depuis un certain temps.

Les administrateurs des compagnies tentent régulièrement de relier une concession à un propriétaire, une famille ou une succession. Dans certains cas, plusieurs dizaines de lots n’ont plus de propriétaires connus.

«Plusieurs personnes, propriétaires de lots, sont décédées il y a quelques années ou même des décennies et nous ne pouvons pas retracer les familles. Certaines sont peut-être déjà décédées ou ont tout simplement déménagé et personne n’assure la continuité de cela», explique Denis Breton, président de la compagnie des cimetières de la Seigneurie en Bellechasse.

Denis Breton s’est impliqué activement dans le dossier des cimetières au cours des dernières années.

Le phénomène est facilement explicable selon M. Breton. «Aujourd’hui, on permet la vente de concessions pour 25, 50 ou 99 ans, qui est le maximum. Jusqu’à 1975 ou 1980, les lots étaient achetés pour une durée illimitée, souvent de 100 ans. Les Fabriques ont toutefois décidé de ne plus faire ce genre de choses. En 1994, le législateur avait fixé la perpétuité à 99 ans. Or, 99 ans, ce n’est pas perpétuel. Quelqu’un qui a acheté en 1920 va naturellement venir à échéance en 2020.»

À titre d’exemple, à Saint-Raphaël, où une centaine de lots sont concernés, une première démarche de publication des lots localement a donné des résultats positifs, si bien que l’idée sera élargie aux communautés voisines. «Nous en avons retracé près de 15 %. Nous ferons une démarche similaire pour Saint-Michel, La Durantaye et Saint-Vallier», ajoute-t-il.

Comment assurer la pérennité ?

Les compagnies de cimetière sont maintenant des entités indépendantes des fabriques, contrairement à ce qui existait dans le passé, ce qui les force à redoubler d’efforts pour assurer leur financement. Les seules entrées de fonds possibles sont les concessions et le volet entretien. Les dépenses impliquent plusieurs choses, notamment la tonte du gazon, semer au besoin, peinturer la clôture du cimetière si nécessaire, d’autres travaux comme le ramassage des feuilles ou relever des monuments, sans oublier le secrétariat et les assurances.

Impliquée dans la compagnie Les Jardins du Souvenir de Bellechasse, située au sud de la MRC de Bellechasse, Mary Simms explique que la mise à jour souhaitée n’a pas encore été complétée entièrement, sauf qu’il y a des disparités évidentes entre les différents cimetières. À titre d’exemple, une trentaine de lots sont concernés à Saint-Malachie, mais près d’une centaine à Saint-Philémon. «On essaie depuis un certain temps de trouver des gens ou des descendants de la famille pour reprendre les concessions et il arrive que des gens appellent pour s’informer. Certaines fabriques ont été plus actives que d’autres.»

Dans Les Etchemins, la compagnie de cimetières regroupera les 10 communautés locales ne sera formée que le 1er janvier. Certaines en ont plus qu’un comme Lac-Etchemin avec deux et Saint-Léon avec trois. La nouvelle entité s’appellera la corporation des cimetières des Monts Notre-Dame. Des inventaires ont été faits à certains endroits et une formation a été donnée aux responsables de la corporation. À Sainte-Justine, un inventaire a été fait pour le cimetière et seulement quelques familles n’ont pu être retracées.

Une partie du cimetière de Sainte-Claire

Denis Breton rappelle que les concessions appartiennent aux compagnies qui les gèrent, et non à l’acheteur puisque celui-ci ne paie pas de taxe municipale sur la parcelle de terrain en question. «Sur les concessions achetées pour une centaine d’années, il se passe de trois à cinq générations où les gens ont un droit d’inhumer des personnes. Le monument leur appartient, mais pas le terrain. Aujourd’hui, on retrace le petit-fils d’une personne et on leur apprend que la concession est terminée. On se fait souvent dire, «C’est quoi une concession? Mon grand-père m’a toujours dit qu’il avait acheté le lot.» Il a acheté un droit et non un lot.»

Élargir les cimetières

Les options disponibles pour les compagnies de cimetière à la recherche d’espace peuvent varier, selon Denis Breton. Les démarches pour libérer des espaces sont toutefois très complexes et nécessitent un certain doigté. «Au bout d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années, il ne reste pas grand-chose. Ce qui peut se faire, c’est obtenir de la Cour une exhumation des restes de la personne qui seront déposés dans une fosse commune. À d’autres endroits, on procède par un abaissement. On sort les restes de la personne, on recreuse plus profondément avant d’y redéposer les restes pour ainsi créer de l’espace additionnel.»

Certains endroits ont des espaces de disponibles dans le cimetière. À d’autres endroits, c’est moins évident, particulièrement pour les paroisses situées près du littoral, explique M. Breton. «À Saint-Raphaël, il reste de l’espace dans le cimetière. À l’inverse à Saint-Vallier, il reste trois ou quatre lots. Ils ne peuvent s’agrandir et devront trouver un autre endroit pour ensuite suivre tout le processus nécessaire pour être approuvé.»

Au sud de Bellechasse, Mary Simms explique que dans certains cas, les espaces sont grands alors qu’ailleurs ils sont plus petits. «Il y a encore des espaces disponibles partout et nous avons des columbariums dans chacun des cimetières.»

La nouvelle tendance montre que les gens optent de plus en plus pour l’incinération, ce qui implique que les cimetières sont moins sollicités en termes d’espace. «Une niche dans un columbarium nécessite moins d’espace qu’un cercueil. Il y a maintenant aussi des lots d’enfouissement qui sont utilisés pour le dépôt en terre d’une personne et plutôt qu’un monument, c’est une simple plaque qui identifie la ou les personnes.»

La démographie fait aussi que les choses ont changé avec le temps. «Il y a eu les grosses familles de l’époque, sauf qu’aujourd’hui les familles sont beaucoup plus petites. Une échéance naturelle risque de se produire un jour. La question va se poser. S’il n’y a plus d’enfant, il n’y a plus de succession. On verra le dernier d’une famille être enterré et il restera un, deux, trois ou quatre ans à la concession. Un jour, ça va se terminer et il est difficile de prédire comment les choses se passeront», avoue M. Breton, sachant qu’une lourde tâche attend les administrateurs de ces compagnies dans le futur.

Il est aussi conscient que les gens sont peu informés des règles régissant la disposition du corps d’une personne. «La loi dit maintenant qu’une urne ne peut être enterrée que dans un cimetière. Aussi, que nul ne peut disposer de cendres d’une personne à un endroit où elle pourrait nuire ou ne respecterait pas la dignité de la personne décédée. Autrement dit, on ne peut enterrer une urne sur un terrain privé ou disposer des cendres dans un cours d’eau, un lac, une rivière etc. Il y a aussi d’autres dispositions dans la loi que les gens connaissent peu.»

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